Fernando Pessoa. 2

« Je comprends que l’on voyage si on est incapable de sentir. C’est pourquoi les livres de voyages se révèlent si pauvres en tant que livres d’expérience, car ils ne valent que par l’imagination de ceux qui les écrivent. Si leurs auteurs ont de l’imagination, ils peuvent nous enchanter tout autant par la description minutieuse, photographique à l’égal d’étendards, de paysages sortis de leur imagination, que par la description, forcément moins minutieuse, des paysages qu’ils prétendent avoir vus. Nous sommes tous myopes, sauf vers le dedans. Seul le rêve peut voir avec le regard ». (…)

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Brouillon. Madeleine et Léonie #11

Mad et Leo (Fine fleur)
© andrea couturet

Rose est passée me voir cette nuit.
– Rose Trémière ou Rose Bonbon ?
– La plus délicieuse des Rose qu’il nous ait été donné de cueillir sur notre tortueux chemin. [elle est bouleversée]. Je me souviens encore des premières lignes de l’article paru dans le journal. « On apprend de source policière que le corps retrouvé lundi dernier dans le petit village de *** est bien celui de Rose de Laperle, fille unique de la riche héritière, Adèle de Laperle, décédée trois mois plus tôt à l’âge de 99 ans ».
– Au nom du ciel, Madeleine, ne reviens pas sur cette sombre histoire, lointaine et sans âge.
– Quelle étrangeté. Elle est entrée dans mon rêve sur la pointe des pieds en hurlant, en poussant des cris muets… Rose, la douceur incarnée devenue figure hurlante à la Bourdelle. C’était saisissant !
– Je n’ai jamais compris l’expression « fait divers ».

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Salvador Dali

« Je n’aime lire que ce que je ne comprends pas. Ne comprenant pas, je peux imaginer de multiples interprétations ».

« J’aime dire que Marcel Proust, avec son introspection masochiste et sa décortication anale et sadique de la société, a réussi à composer une espèce de prodigieuse bisque d’écrevisses, impressionniste, super-sensible, et quasi-musicale. Il n’y manque que les écrevisses dont on peut dire qu’elles n’y sont que par essence ». 

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La moisissure

Sous un loup de velours vert, à la manière d’une crêpe soyeuse, laiteuse, elle prend son envol. Château, verdure, lumière. Élégante, telle une raie sans queue de pie, elle joue au fantôme, avec une robe de mariée, avec une robe de soirée, dans la fureur des visages pâles, poudrés et masqués. Une cérémonie vert-de-gris qui n’aura duré que le temps d’une chanson. Soudain, dans la brume, au-delà de l’éclat des bulles de champagne, le bleu infini de ses yeux… A travers la rumeur des voix, la grâce de son air silencieux… Dans la fraîcheur de la nuit, la finesse de son teint bois de rose.

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Claude Roy. 3

« Jean Genet n’a pas écrit Les Nègres parce que la documentation de l’O.N.U. sur le Tiers Monde avait attiré son attention sur les peuples sous-développés, mais parce que son destin personnel, sa propre condition, sa biographie individuelle le rendent solidaire et complice des parias de couleur. (…)

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