Dans le « creux intérieur » d’Esther

Bouleversée par les mots d’Esther Luette, je partage !

« Tu me fatigues »

Penchée sur la table à repasser, j’essuie d’une main distraite la vapeur qui me monte au visage, dans un geste las, maintes et maintes fois esquissé par d’antiques lignées de lavandières avant moi.

Cessez-le feu d’un dimanche ordinaire. Assignée à résidence dans l’étroit périmètre de la planche, bercée par les va et vient réguliers du fer, je ne perçois plus que vaguement les trajectoires erratiques des uns et des autres dans la pièce, trop absorbée par l’Everest de linge hebdomadaire.

De temps à autre, le chuintement régulier de la vapeur signale discrètement ma présence. J’apprécie le – trop rare – incognito que procure l’immobilité au cœur du fourmillement ambiant. Faire soudain partie des meubles auquel nul ne prête attention me délivre alors des sollicitations incessantes de tout microcosme familial. Pour autant, si pesante que cette domestication puisse parfois s’avérer, j’ai toujours aimé repasser. »

La suite, sur le blog d’Esther Luette, Journal sous la surface

J – 7. Agenda ironique, 09-2018 (3/6)

Madeleine

Madeleine

La fin du mois de septembre approche à grands pas, les amis !

Pour l’heure, on ne peut parler ni de tremblement de terre dans le métro ni de raz-de-marée à Deauville puisque six textes sont en lice (dont ceux des organisateurs, c’est vous dire !). Il semble que le double thème (ici) vous ait quelque peu troublé.

Toutefois, ceux qui seraient touchés par la grâce (sait-on jamais ?) disposent d’une semaine pour élaborer un texte et le déposer dans les commentaires de ce billet. Dimanche 23 septembre, à minuit, il sera trop tard !

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Le corbeau de Vancouver. Agenda ironique, 08-2018

Préambule
L’Agenda ironique, ce mois-ci, est placé sous l’égide d’André (pas fait exprès), à travers un hommage rendu au poète Marcel Thiry. « Le thème sera le titre de son recueil de poésie, titre et premier vers de son premier poème paru en 1924 : “Toi qui pâlis au nom de Vancouver.”
Les mots imposés ont été tirés au hasard dans le même recueil : paradis, accordéoniste, suave, Alfa Romeo, février, accord et civil. »

Le corbeau de Vancouver. Madeleine et Léonie # 30
Agenda ironique, août 2018

LÉONIE. – [elle se racle la gorge]

Sur le trottoir indigo
un jeune soldat, sage,
dort dans les choux-fleurs

[fièrement] Et voilà le travail !

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Claude Roy ~ 4

« Un grand artiste voit le monde comme personne avant lui ne l’avait vu, mais il y a toujours un moment où il a essayé de le voir comme tout le monde, comme s’il n’était rien, qu’un miroir, une plaque sensible (…). Les êtres qui sont trop pleins d’eux-mêmes, rien ne les frappe ni ne les pénètre, ils ne voient rien.

Il faut savoir s’oublier, se passer à la gomme, se faire invisible à soi-même, se distraire complètement de celui qu’on est, pour mériter de voir vivre les êtres, et de donner vie à des personnages (…). Il leur faut [aux romanciers], pour être inoubliables, avoir su s’oublier. Rien n’est plus difficile, ni plus beau. »

Défense de la littérature, Claude Roy, 1968, Gallimard-Idées, page 124

Les adjectifs

« On se rappelle ce passage où, sous la plume de M. J.J. Brousson [*], Anatole France s’exprime ainsi :

« Je prends le verbe le plus simple, le plus enfantin, celui qui indique le mieux le mouvement. Mais je soigne mes adjectifs. A quoi bon les multiplier pour dire la même chose ? Si vous les prodiguez, contrariez-les. Vous surprendrez ainsi votre lecteur. N’écrivez pas : Des prélats magnifiques et pieux allèrent en procession… Mais : Des prélats obèses et pieux allèrent en procession… ». Lire la suite

Page introuvable

Ce matin, avant d’envoyer Sidonie dans ma Corbeille, j’ai repensé à ce que m’avait dit un ami il y a quelques mois à propos d’un autre billet : « Pourquoi as-tu supprimé ton dernier article ? Dès lors que tu publies un article, celui-ci ne t’appartient plus. Il appartient au lecteur. Tu n’as pas le droit de supprimer ainsi un article ! ».

Cette remarque surprenante mais pertinente soulève de nombreuses problématiques liées à la difficulté d’écrire, me semble-t-il : tout d’abord, à partir de quel moment considère-t-on qu’un texte est prêt à être publié ? (je ne m’intéresse pas ici à ceux qui font de la littérature leur « métier » (*), qui travaillent à une œuvre au long court mais de nous autres, blogueurs – quel vilain mot que j’emploie ici sans dédain – qui publient vaille que vaille des articles, billets et autres chroniques sur la Toile pour des raisons… diverses et variées – quant à moi, après huit mois de présence sur WordPress, je ne suis pas même certaine de savoir exactement pourquoi j’ai ouvert ce blog chronophage à souhait… Outre le plaisir de noircir du papier, la joie de la découverte, le partage de…). « Ne raconte pas ta vie. Concentre-toi sur ton sujet ». Lire la suite

Epistolaire ~ 4

Cependant, même si Camille vouait à l’institution postale un culte des plus ardents, elle n’appliquait pas l’ensemble des normes édictées par celle-ci, quant à la rédaction des adresses. Non seulement elle n’utilisait jamais d’enveloppes pré-casées, décidément trop éloignées de son idéal de beauté, mais elle se plaisait à ajouter, non sans un brin de malice, une virgule après le numéro de la voie, règle absolument prohibée, à tout le moins non recommandée par ladite institution. Lire la suite