Moteur

Jeu 115, La montée vers le ciel proposé par La Licorne du blog Filigrane avec une image de Rodney Smith

Je me souviens du claquement de langue de Mr Smith.
Je me souviens de Ciel ! Si ceci se sait, ces soins sont sans succès.
Je me souviens de cette grise matinée de tournage, en pleine campagne.
Je me souviens de la salade de groseilles à maquereau préparée par Garance, la femme du cadreur.
Je me souviens de ce sac-à-dos volant qui pesait une tonne et faisait un bruit abominable.
Je me souviens de la Panse de brebis farcie de Jacques Bodoin qui passait à la radio au moment de la pause déjeuner et des fous rires de toute l’équipe.
Je me souviens du titre du court-métrage, La montée vers le ciel.
Je me souviens de ce cumulus improbable qui s’échappait de la machine – lequel n’aurait pas déplu à Berndnaut Smilde.
Je me souviens du nain de jardin globe-trotter dans Amélie Poulain.
Je me souviens des pages blanches réservées aux lecteurs, à la fin des Je me souviens de Georges…

[Tout à coup, la voix du vieil homme devint plus gutturale, clandestine. Il remit la photographie jaunie au journaliste en herbe venu l’interroger, reprit doucement son souffle et poursuivit dans un murmure.]

Voyez-vous, jeune homme, l’essentiel n’est pas là.
C’est bien moi sur la photo mais ce n’est pas moi.
Ou plutôt, ce n’est plus moi.
Un jour, peut-être – ou jamais,
vous comprendrez que seul le voyage intérieur
permet de comprendre « sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes ».

© Andrea pour épaisseur sans consistance 2026

Inspiration.
Je me souviens de Georges Perec
La citation de la fin est extraite du poème Élévation de Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal

Halo. Madeleine et Léonie #39

Pour l’Agenda Ironique de janvier 2026

Madeleine. – (perdue dans une profonde pensée philosophique) Dis-moi, si tu avais l’opportunité d’interroger Dieu, tu lui dirais quoi ?
Léonie. – (perdue dans une didascalie sans intérêt métaphosphorique) Waouh. Elle a rien trouvé d’autre, comme thème, la déesse Qi-Bougonne ? Parce que ça ressemble presque à une blague, cette histoire qui n’a pas encore commencé…
Madeleine. – Justement, ne perdons pas de temps. Mettons-nous d’accord sur les questions à poser. Le sujet est brûlant donc pas de place pour l’improvisation.
Léonie. – (avec une emphase accablée d’ennui) Pourquoi l’impermanence n’est pas un rêve ?
Madeleine. – Quoi ?!
Léonie. – Bah, c’est une question existentielle à la con que tout le monde se pose, nan ? Et il serait intéressant d’obtenir une réponse clarinette.
Madeleine. – Très bien. J’ai compris. J’y vais seule.
Léonie. – Où ça ?
Madeleine. – JEVAISVOIRDIEU !
Léonie. – T’as son adresse ? Son portrait-robot ? Ne me dis pas que t’as son 06 ?!!!
Madeleine. – D’yeux, il n’en a point mais il est partout. Il suffit d’ouvrir l’œil et le bon.
Léonie. – T’as perdu ton humour ou quoi ? D’ailleurs, pourquoi « il » ? Tu risques de t’attirer les foudres des féministes et consorts. Dieu est grande, c’est pas mal, nan ? (un temps) Allez, allons à la rencontre de ielle ou iel ! Ciel, je n’sais plus comment ça s’écrit ! Mais qui s’en fout ? Moi.

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Grain de beauté

Tu l’accueilles toujours les mains dans les poches
la tête basse
la vue brumeuse
les yeux rivés sur ton carnet de suivi
Tu l’appelles « le gamin »
Un vrai moulin à paroles
Par politesse tu acquiesces à tout ce qu’il dit
car c’est parole d’Évangile
Mais tu auras oublié son sermon
dès qu’il aura tourné le dos
(après la piqûre)

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A la manière d’Arnaud Cossart – Madeleine et Léonie #38

MADELEINE. – (imitant la voix d’Andrea-la-Fipette). « Allez les filles, on sort du carton ! ».

LÉONIE. – (encore en sleep). Merde Madeleine. C’est quoi, ce bordel.

MADELEINE. – (enjouée). Tu veux tes béquilles ?! Parce que ça démarre sur les chapeaux de roue !

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