Agenda ironique. Mado et Léo à Coupiac

Préambule
Carnets Paresseux organise ce mois-ci l’Agenda Ironique dont voici la consigne : « Septembre fini, Frog me confie l’agenda ironique, le jeu itinérant et débonnaire (pour en savoir plus, lire ici) ; paresseux, je vous montre juste une image. Celle-là même qui est ci-d’ssus [ci-d’ssous], et qui représente l’authentique Café Verlaine, à Coupiac (Aveyron). »


Carton

– Léonie ! Carnets Paresseux – avec le soutien de Clémentine – nous convie à participer à un atelier d’écriture ! N’est-ce-pas charmant ?!
– [à part soi. Eh ben dis donc, si on n’a pas compris que Môôôsieu Machin organisait ce mois-ci cette Chôôôse improbable…] J’ai froid. [un temps] Carnets Paresseux… N’est-ce-pas la nana qui se fait passer pour un mec et qui officie sous le nom de Dodo ? Comment peux-tu faire confiance à un pigeon mauricien disparu depuis des siècles qui fait des sudokus (prononcer ce mot me provoque des acouphènes), aime le droit fiscal (au secours) et s’alimente de fromages à pâtes molles – alors que son régime alimentaire devrait se contenter de pastèques caillouteuses avec pépin ou sans pépine ? Quelle calamité.
– Ce mois-ci, l’Atelier se tient à Coupiac, dans le sud de l’Aveyron, région qui fleure bon l’aligot, les farçous et le gâteau à la broche. Que de souvenirs !
– Connais pas.
– La maladie d’Alzheimer te guette…
– Je croyais qu’elle était en cure de sommeil, l’Autre, dans un caisson à oxygène translucide.
– Opaque. Une bulle opaque et non opaquescente. Ce que tu ignores, boule de chiffon, c’est que j’ai l’immense privilège de communiquer avec Andrea par télépathie. [un temps] Nous avons donc rendez-vous au Café m. Verlaine (singulière typographie) et…
– Télépathie ? [elle lève les yeux au ciel] Quelle sottise. Tu iras sans moi, Poupée, et tu me raconteras.

 « Murs blancs, toit rouge, c’est l’Auberge fraîche au bord
Du grand chemin poudreux où le pied brûle et saigne,
L’Auberge gaie avec le Bonheur pour enseigne.
Vin bleu, pain tendre, et pas besoin de passeport. » (1)

– Tu vois, cette photographie m’inspire déjà ! Il est vrai que le Carton d’invitation au ruban bleu céladon dégage un arôme tout verlainien. L’atelier se tiendra au premier étage, côté jardin.
– Tu ne sais pas lire à haute voix. Sais-tu que prendre des cours chez Florentine Clochette te ferait le plus grand bien. Ah ah ! « Avec le Bonheur pour enseigne ». Cette ruine ?! Tiens, il est question de ruines dans un de ses poèmes [façon Sarah Bernhardt],

« Ruines ! ma famille ! ô cerveaux congénères !
Je vous fais chaque soir un solennel adieu !
Où serez-vous demain, Èves octogénaires,
Sur qui pèse la griffe effroyable de Dieu ? » (2)

– Alzheimer, permets-moi de te dire que Verlaine n’est pas l’auteur de ces lignes.
– Et alors, vieille peau ? [toujours avec emphase]

« De la musique avant toute chose
Et pour cela préfère l’impair
Plus vague et plus soluble dans l’air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose ». (3)

– Tiens, tiens. Andrea m’avait suggéré de citer ce poème… Piquante synchronicité.
– Et toc. En tout cas, je crains que ce type d’établissement ne puisse me servir un Vodka Martini ou un Vichy Célestins, et cela, ma Grande, est rédhibitoire.
– Eh bien, tu prendras un verre d’absinthe, à la mémoire de Monsieur Verlaine.
– [elle hausse la voix] M’empoisonner, me rendre folle – Tu veux ma mort, en vérité !
– Calme-toi. Respire par le ventre.

« Telle l’affreuse mort sur un dragon se montre,
Passant comme un tonnerre au milieu des humains,
Renversant, foudroyant tout ce qu’elle rencontre
Et tenant une faulx dans ses livides mains. » (4)

– [décomposée] De grâce, épargne-moi cette lecture funeste, Mado.
– Dédié à Victor Hugo, ce poème a été composé à l’âge de quatorze ans.
– Aïe. AÏE !
–  Qu’est-ce qui t’arrive ?!
– Bon sang ! Je viens de recevoir un flot de bogues sur la tête ! Je HAIS l’automne.
– De blogues ?! Tu vas faire le booz !
– Ce tapis de feuilles mortes se plaît à soulever mon cœur, au rythme de l’Adagietto de Malheur. J’ai tellement froid, Madodo.
– Mahler ! Tu as raté ta vocation de comédienne.
– Mais où sommes-nous ? Où suis-je ?
– [à part soi. La Fée verte ne s’est pourtant pas encore penchée sur son chapi-chapo]. Allons, allons. Reprends-toi.
– Où sont les Fleurs de Mai de BA-OU-DEL-A.I.-RÉ ?
– (voix neutre) Léoniette.
J’ai connu (…) une dame créole aux charmes ignorés, aux Romances sans paroles, ni fumerolles.
Clown admirable, en vérité !
– Aveyrons-nous en Aveyronie ? Trois fois quatre, Coupiac.
– Grotesque.
– Oh, une araignée villaniste suspend son vol hugolien !
– Sainte-Alphonsine, priez pour nous.
– Une Chanson d’automne résonne dans ma tête. Une sorte de langueur monotone s’empare de moi… Je n’y vois goutte. Je ne distingue même plus tes aiguilles à tricotart. Mais qu’est-ce donc que ce recueil pour lilliputiens (5) que tu tiens entre tes mains briochées, croustilleuses et moussues ? Que se passe-t-il ? Je…  [elle se pâme – tant qu’à Phèdre].
– [à part soi. Même si les narines de mes crayons de couleur sont encombrées, je me promets de consigner cette aventure saisissante dans un grand Carnet fainéant] Eh oh, on n’est pas au Café Racine, ici, ni à la Closerie des Lilas mais au Café Marcel Verlaine !

« De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée
Vers d’autres cieux à d’autres amours.
Que ton vers soit la bonne aventure
Eparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym…
Et tout le reste est littérature. » (6)

All-focus


1) L’auberge, Jadis et naguère, Paul Verlaine, 1884
2) Les petites vieilles, Les Fleurs du Mal, Charles Baudelaire, 1857
3) Art poétique, Jadis et naguère, Paul Verlaine, 1884
4) La Mort, Premiers vers, Paul Verlaine, 1864
5) Les mini-livres ont été réalisés par Olivier Louis. Avec  son aimable autorisation.
6) Art poétique, Jadis et naguère, Paul Verlaine, 1884

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Octobre 2017
© andrea couturet

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