Agenda ironique. Mado et Léo à Coupiac

Préambule
Carnets Paresseux organise ce mois-ci l’Agenda Ironique dont voici la consigne : « Septembre fini, Frog me confie l’agenda ironique, le jeu itinérant et débonnaire (pour en savoir plus, lire ici) ; paresseux, je vous montre juste une image. Celle-là même qui est ci-d’ssus [ci-d’ssous], et qui représente l’authentique Café Verlaine, à Coupiac (Aveyron). »


Carton

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Emoi muséo

Sous mes pas, l’éloquence du bois réinvente son humeur savante.

On connaît sa fin, cela seul nous retient. Sous le voile épais du miroir, se dessine l’âpreté des jours intemporels. A l’ombre d’une magie froissée par une source d’images fécondes, fécondité censurée par la Majuscule, je découvre, non sans amertume, les œuvres qui ne sont pas, qui ne sont plus. Je goûte au fruit stérile des longues dernières années et je suffoque avec elle. Décomposée, je navigue au bon gré de son cri, lourd d’ivresse maladive. Lire la suite

Léon-Gontran Damas

Léon-Gontran Damas

« Solde

Pour Aimé Césaire

J’ai l’impression d’être ridicule
dans leurs souliers
dans leurs smoking
dans leur plastron
dans leur faux-col
dans leur monocle
dans leur melon

J’ai l’impression d’être ridicule
avec mes orteils qui ne sont pas faits
pour transpirer du matin jusqu’au soir qui déshabille
avec l’emmaillotage qui m’affaiblit les membres
et enlève à mon corps sa beauté de cache-sexe

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Daniel Thaly

L’Île lointaine

« à Madame Segond-Weber

Je suis né dans une île amoureuse du vent
Où l’air a des odeurs de sucre et de vanille
Et que berce au soleil du tropique mouvant
Les flots tièdes et bleus de la mer des Antilles.

Sous les brises, au chant des arbres familiers,
J’ai vu des horizons où planent des frégates
Et respiré l’encens sauvage des halliers
Dans ses forêts pleines de fleurs et d’aromates.

Cent fois je suis monté sur ses mornes en feu
Pour voir à l’infini la mer splendide et nue,
Ainsi qu’un grand désert mouvant de sable bleu
Border la perspective immense de la nue.

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Palabres

Sous un feu maquillé de prose, feu de fortune clandestine, se lit l’empreinte illusoire d’un écho glacé : celui des mots bas, chuchotements intimes qu’engendrent d’ancestraux parfums. Aux termes de ceux-ci, s’évaporent d’autres paroles infâmes. Enflammée, véhémente, la rencontre l’est. Les victimes de ce grand feu soudain se taisent. Comme un beau fruit empoisonné, insolent dans sa lumière blafarde, le verbe se veut alors de nacre ou de cornaline. Peut-il infiniment prévenir le Verbe ? Et le Verbe peut-il perdre sa majuscule ? Tandis que leurs métamorphoses surprennent encore le lourd vertige de ma sourde voix, sous un feu maquillé de vers, se lit la candeur des mots bas…

Décembre 1989
© andrea couturet

La composition muette

Conçue d’étain, d’or et de grâce quelques bulles plus tôt.

A l’affût de deux ou trois rictus de vie, quelques vertiges plus tard, un collège blanc butine d’elle à elles. Aucune feinte galante en son état, à peine quelques concrétions d’étain, comme l’on dit d’un volcan qu’il est éteint. A jamais. Morne deuil. Sur elle, un vieux candélabre veille. Un cadeau, une joie antique de l’ami disparu. Étincelante dune à la candeur délabrée. Ainsi la voilà soliste en des murs gris où, léger, son art diffuse un filet d’eau, un voile d’origine glacière. Un corps de ballet dans un cirque. Noirs, ses yeux ne murmurent pas autre chose. A moins que ce ne soit le cirque dans ce fameux corps de ballet… Qui sait ? Mais le collège blanc est formel : il s’agit bel et bien d’une implosion cérébrale à caractère pictural et poétique, entraînant une aphonie douteuse. Ses doigts l’ont trahie et les dégâts sont nombreux. Ebauche elle est devenue, à moins qu’elle ne soit née chef-d’œuvre absolu, incognito. Parviendront-ils à la débaucher, et comment ? Peut-être à coup de grimaces ponctuées de « dis bonjour à la dame » ou de « tu te souviens de la grande cascade ? », sûrement en se racontant des histoires qui ne la concernent aucunement. Décidément, l’enjeu de cette composition leur échappe, aussi ce collège blanc demeurera-t-il toujours à ses yeux un vague essaim de bleus, à jamais hors sujet.

Conçue d’étain, d’or mais de grâce, laissez-la mourir ! Elle s’épanouit ! Elle rayonne ! N’avez-vous donc jamais perçu le souffle bleu d’une étoile filante ?

Septembre 1991
© andrea couturet

Henri Michaux

Clown

« Un jour.
Un jour, bientôt peut-être.
Un jour j’arracherai l’ancre qui tient mon navire loin des mers.
Avec la sorte de courage qu’il faut pour être rien et rien que rien, je lâcherai ce qui paraissait m’être indissolublement proche.
Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler.
D’un coup dégorgeant ma misérable pudeur, mes misérables combinaisons et enchaînements « de fil en aiguille ».
Vide de l’abcès d’être quelqu’un, je boirai à nouveau l’espace nourricier.

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