» Un oiseau passe
éclair de plumes
dans le courrier du crépuscule
VA
VOLE
ET DIS-LEUR
» Un oiseau passe
éclair de plumes
dans le courrier du crépuscule
VA
VOLE
ET DIS-LEUR

François-René de Chateaubriand
Remarques préalables à la traduction du Paradis Perdu de John Milton, Editions Renault et Cie (1861)
© Andrea Couturet. Photographie prise dans le parc du Domaine départemental de La Vallée-aux-Loups (Hauts-de-Seine).
« Je comprends que l’on voyage si on est incapable de sentir. C’est pourquoi les livres de voyages se révèlent si pauvres en tant que livres d’expérience, car ils ne valent que par l’imagination de ceux qui les écrivent. Si leurs auteurs ont de l’imagination, ils peuvent nous enchanter tout autant par la description minutieuse, photographique à l’égal d’étendards, de paysages sortis de leur imagination, que par la description, forcément moins minutieuse, des paysages qu’ils prétendent avoir vus. Nous sommes tous myopes, sauf vers le dedans. Seul le rêve peut voir avec le regard ». (…)
« Je n’aime lire que ce que je ne comprends pas. Ne comprenant pas, je peux imaginer de multiples interprétations ».
« J’aime dire que Marcel Proust, avec son introspection masochiste et sa décortication anale et sadique de la société, a réussi à composer une espèce de prodigieuse bisque d’écrevisses, impressionniste, super-sensible, et quasi-musicale. Il n’y manque que les écrevisses dont on peut dire qu’elles n’y sont que par essence ».
Lire la suite Salvador Dali« Jean Genet n’a pas écrit Les Nègres parce que la documentation de l’O.N.U. sur le Tiers Monde avait attiré son attention sur les peuples sous-développés, mais parce que son destin personnel, sa propre condition, sa biographie individuelle le rendent solidaire et complice des parias de couleur. (…)
Lire la suite Claude Roy. 3« Dans les semaines qui ont suivi, la vie s’est organisée. Il y a eu des croisements. Marc Mazetti par exemple a vu un matin Béatrice Benoît dévaler les marches du perron et courir dans l’allée. Un instant il a cru qu’elle se précipitait vers lui. Il s’est figé. La peur qu’il soit arrivé quelque chose au vieil homme. Mais non. Elle était juste en retard, courait vers sa mobylette garée près de l’entrée. Elle est passée à côté de lui, a fait un signe de la main. Il se l’est rappelé après, plusieurs fois dans la journée. A chaque fois il en était heureux. C’était un geste amical. Il y avait donc entre eux une sorte de connivence, une familiarité. Oui, il en était heureux. »
Ce matin-là, alors que je m’apprête à arroser mes géraniums, j’aperçois une tache qui s’agite sur le sol de mon balcon. J’ajuste mes lunettes. Pas de doute, il s’agit bien d’une punaise verte en mauvaise posture, ses trois paires de pattes en l’air. Je dépose mon arrosoir, cours chercher un morceau de papier et retourne sur les lieux du drame. Elle pédale toujours dans le vide, tourne sur elle-même. Allez, essaye de te redresser toute seule. Tu vas bien y arriver. Non, décidément, elle a besoin d’aide. Je connais l’issue de cette histoire, c’est peut-être pour cette raison que cette scène me fait sourire et qu’elle me rend joyeuse (Léonie aurait sans doute préféré une version plus nauséabonde de la fin mais elle n’a pas droit à la parole dans cet espace, n’est-ce-pas).
Lire la suite Echanges« Haut, très maigre, portant un gilet blanc, de petits diamants comme boutons de chemise, il parlait sans gestes, avec un air correct qui lui permettait de dire les choses très osées dont il avait la spécialité. Fort myope, il semblait, malgré son pince-nez, ne jamais voir personne, et quand il s’asseyait on eût dit que toute l’ossature de son corps se courbait suivant la forme du fauteuil.
Son torse plié devenait tout petit, s’affaissait comme si la colonne vertébrale eût été en caoutchouc ; ses jambes croisées l’une sur l’autre semblaient deux rubans enroulés, et ses longs bras retenus par ceux du siège, laissaient pendre des mains pâles, aux doigts interminables. Ses cheveux et sa moustache teints artistement, avec des mèches blanches habilement oubliées, étaient un sujet de plaisanterie fréquent ».
Fort comme la mort, Guy de Maupassant, 1889
« Lui, là-bas, en Afrique, il n’avait pas cherché à sauver l’humanité, il avait juste voulu sauver une femme. Une seule. Et inconnue.
Il ne sait toujours pas pourquoi. Parce qu’il faut se faire croire que la barbarie c’est pour les autres ? Pour rester humain au fond de soi, un peu ? A la fin d’une journée lestée de son pesant d’horreurs, comme chaque journée, il y avait eu cette femme devant une case restée miraculeusement debout. Exténuée de maigreur, son lait devait être tari depuis bien longtemps. Le bébé calé dans l’angle décharné du coude, elle essayait de faire entrer une cuiller en bois vide dans sa bouche. Il s’était arrêté, saisi. C’était la cuiller vide et ce geste obstiné de nourrir. Le bébé ne pouvait plus ouvrir la bouche. Le geste se répétait. Insensé. Inutile. Lui, Marc, voyait le vide de la cuiller qu’elle tentait de faire entrer dans la bouche du bébé auquel répondait le vide à l’intérieur de la bouche obstinément close, même plus capable de donner le change de l’ouverture. Voilà. Une mère et son enfant. Un microcosme absurde… la folie sans bruit qui s’empare des êtres. Parce que plus rien n’a de sens.
Cette nuit, Marc se dit que c’est ça qui l’avait fait se pencher, attraper cette femme, la charger sur son dos. Au geste vide de la mère ne répondait plus rien. Pour l’enfant c’était trop tard. Il savait que les hyènes s’en chargeraient.
Solde
Pour Aimé Césaire
J’ai l’impression d’être ridicule
dans leurs souliers
dans leurs smoking
dans leur plastron
dans leur faux-col
dans leur monocle
dans leur melon
J’ai l’impression d’être ridicule
avec mes orteils qui ne sont pas faits
pour transpirer du matin jusqu’au soir qui déshabille
avec l’emmaillotage qui m’affaiblit les membres
et enlève à mon corps sa beauté de cache-sexe
Performances…
… ou comment couver des œufs de poule…
Guy de Maupassant, Toine (1885), in Toine et autres nouvelles, Folio Classique
[Un jour, le gros Toine, paysan rusé et bon vivant, se voit immobilisé dans son lit, à la suite d’une attaque. Il suggère alors à sa femme une idée qui pourrait paraître quelque peu saugrenue mais…].
» — Il est chaud comme un four, vot’homme, qui n’sort point d’son lit. Eh ben, mé, j’li f’rais couver des œufs.
Elle demeura stupéfaite, pensant qu’on se moquait d’elle, considérant la figure mince et rusée du paysan qui continua :
— J’y mettrais cinq sous un bras, cinq sous l’autre, l’même jour que je donnerais la couvée à une poule. Ça naîtrait d’même. Quand ils seraient éclos j’porterais à vot’ poule les poussins de vot’ homme pour qu’a les élève. Ça vous en f’rait d’la volaille, la mé !
La vieille interdite demanda :
— Ça se peut-il ?
L’homme reprit :
— Si ça s’peut ? Pourqué que ça n’se pourrait point ? Pisqu’on fait ben couver d’s œufs dans une boîte chaude, on peut ben en mett’ couver dans un lit.
Elle fut frappée par ce raisonnement et s’en alla, songeuse et calmée.
Huit jours plus tard elle entra dans la chambre de Toine avec son tablier plein d’œufs. Et elle dit :
– J’viens d’mett’ la jaune au nid avec dix œufs. En v’là dix pour té. Tâche de n’point les casser.
Toine éperdu, demanda :
– Qué que tu veux ?
Elle répondit :
– J’veux, qu’tu les couves, propre à rien.
(…)