D’un voile de fraîcheur nue, elle se couvre.
Par érotisme voulu, par probité absolue.
Audace libre de se mouvoir dans un monde clos, presque sain :
Celui du regard lumineux d’un soir, d’un matin.
Quelque chose s’est passé.
Lire la suite CréationD’un voile de fraîcheur nue, elle se couvre.
Par érotisme voulu, par probité absolue.
Audace libre de se mouvoir dans un monde clos, presque sain :
Celui du regard lumineux d’un soir, d’un matin.
Quelque chose s’est passé.
Lire la suite CréationUn corps nu sur cintre de bois.
C’eût pu être une soutane.
Simplement le souffle du vent dans un voile de coton.
Taille basse, smocks sur hanches fines, long cou.
Un modèle de vertu pour fillette de vertu modèle.
Tendrement alignées, de petites pièces blanches fuient leur boutonnière.
Le temps est à l’humidité !
– Tu sais ce que c’est un oiseau migrateur ?
– C’est un oiseau qui migrate !
– Qui est Soa ?
– Quoi ?!
– Tu as besoin d’une prothèse auditive, Madeleine. Intra-auriculaires, contour d’oreilles… Un clic, et hop. JE TE DEMANDE QUI EST SOA ?
– NE CRIE PAS !!!
– Mais je ne crie pas.
– Tu prétends ne pas connaître Soa ???
– Pourquoi devrais-je la connaître ? Les premiers commentaires postés sur ce blog sont signés Soa. Je repose ma question : c’est qui ? Dis-moi que ce n’est pas un robot – même féminin.
– Eh bien, on pourrait dire que cette jeune femme, qui n’est pas un automate, symbolise à elle seule ce qu’il est convenu d’appeler un déclic.
– Un déclic. Tu peux préciser.
– Le mot n’est pas très poétique, j’en conviens, mais je n’en ai pas trouvé d’autre. Vois-tu, sans Soa, ce blog n’aurait jamais vu le jour.
Sur les eaux de l’éveil,
l’étoffe d’un couple,
de poussière drapé, de poussière conçu, gris de noble poussière.

– Eh bien, comment vas-tu depuis la dernière fois ? Tu parviens à apprivoiser ton nouvel espace-temps numérique ?
– Je ne suis pas là.
– Ah. Et t’es où ?
– Dans le train. Attention, on entre dans un tunnel, ça va couper.
– Ma pauvre Léonie, tu ne crois pas qu’il serait temps d’accueillir avec curiosité, bienveillance et pragmatisme cette époque nouvelle. Tu sous-estimes ses richesses et…
– Silence ! Tu ne vois pas que je suis au Musée de la Vie romantique, en compagnie de Pierre-Joseph Redouté. J’aime tellement la délicatesse de son travail. Et ses roses sont tellement plus expressives que tes misérables campanules.
– Elle a prévu de s’y rendre, je crois, dans les prochains jours.
– Et c’est au tour de Thomas Pesquet, sur son compte Instagram de me faire les yeux doux. Il est de retour sur Terre demain ! Te rends-tu compte ?! Qu’est-ce qu’il m’a fait rêver, celui-là ! On peut dire qu’il est doué pour la communication…
– Euh, tu es sûre que ça va ?
– Quant à lui, j’adore ses créations si singulières. Encre de chine et vieux papiers. Encore une bien belle découverte !
– Euh… Tu veux boire quelque chose ? Un Vodka Martini ?
– Il suffit d’un clic pour être ici et ailleurs. Vive Internet !
Juin 2017
© épaisseur sans consistance
Sur un papier vieilli, terni, une fillette me dévisage. Un fond gris au cadre blanc, une photographie sans âge. Trois ans à peine, en culotte courte, elle se distingue allègrement. Elle vient à moi faussement facultative et je surprends dans son approche une séduction désinvolte et fraîche. Sa jeunesse m’offense. Ses avances demeurent honnêtes mais je ne puis la rejoindre : à jamais je suis perdue car j’ai grandi. Sur d’autres visages jaunis, je perçois le défilé des âges… Dans une quotidienneté sans harmonie, sans éclat de sympathie. Entre ces masques sombres et sages, se joue une duplicité farouche, maligne à faire fondre le Miroir. Car d’outre-tombe, l’œil du Maître ne cherche qu’à envahir ma nature de sa propre authenticité. Et dans une pantomime d’absence grotesque, les masques aiguisent alors une rumeur folâtre : la petite fille que j’étais me prend pour son jouet.
…
Dans cette vaste projection blafarde, de lourdes menaces pèsent sur ma liberté.
Mars 1989
© épaisseur sans consistance

Un vieux linge devenu rugueux ?
Un cliché inédit du relief lunaire ?
Un micro-organisme dangereux ?
Non, le résultat épatant d’un nettoyage chimique sur la peinture murale d’un immeuble en cours de ravalement.
© épaisseur sans consistance, Avril 2017

Au cours de ma promenade matinale, je croise deux enfants en bas âge, accompagnés de leur nounou. « Bonjour ! » me lance le plus grand. Je lui réponds aimablement en lui faisant remarquer que nous portons le même genre de marinière. « Oui, on a le même pull ! » s’exclame-t-il. Alors que je poursuis mon chemin, j’entends derrière moi la même voix enfantine. « Sauf que le mien, il est en laine. En laine d’agneau ».
Illustration Sarah Jane
© épaisseur sans consistance, Avril 2017