Le titre. Madeleine et Léonie #4

Objet : C’est quoi, ce titre ?!
Jeudi 15 juin, 08:39
De : andreacouturet@orange.fr
A : madetleo@gmail.com


« J’ai appris aussi qu’une vie ne vaut rien, mais que rien ne vaut une vie ».

Les ConquérantsAndré Malraux,  Grasset, 1928

Chère Madeleine, chère Léonie,

On dirait que vous prenez goût à votre nouvel environnement 2.0 – n’est-ce-pas, Léonie ?!

Je vais tenter de répondre à vos interrogations quant à la signification du titre de ce blog car vous n’êtes pas les seules à ouvrir de grands yeux ronds. Vous êtes bien accrochées à vos aiguilles à tricoter ?! Alors, allons-y !

Tout d’abord, j’avais envie d’exprimer la notion d’être et de non-être qui m’accompagne depuis fort longtemps. Elle est d’ailleurs devenue, au fil des années, de plus en plus prégnante, angoissante – voire obsessionnelle (mais, je me soigne !). A cette fin, j’ai convoqué le couteau sans lame dont on a perdu le manche. Vous savez, le couteau de Lichtenberg – du nom de celui qui a « inventé » cet ustensile improbable, Georg Christoph Lichtenberg, philosophe, écrivain et physicien allemand (1742 – 1799). Il ne vous aura pas échappé que le titre de ce blog est construit de la même manière.

Pourtant, dans cet entre-deux oscillant (Je-suis/Je-ne-suis-pas), qui est tout le contraire du néant, il est un espace-temps qui nous est offert, qui ne dépend pas de nous  et qu’il nous faut néanmoins sans cesse inventer, incarner, construire : c’est le souffle dynamique de la vie, à la fois déroutant, précieux, éphémère – bien difficile à percevoir et à accueillir (tiens, aujourd’hui, la page de mon calendrier m’offre un adage de Lewis Carroll : « Même si la vie n’a pas de sens, qu’est-ce qui nous empêche de lui en inventer un ? »).

Enfin, « Epaisseur sans consistance » fait écho à la phrase de Malraux qui, elle-même, résonne, d’une manière plus ou moins soutenue, dans le cœur et dans la tête de chaque être humain. Quant à moi, je dirais simplement que pendant de nombreuses années, j’ai vécu dans la première partie de cette phrase (il serait trop long et sans doute très indécent de développer la chose) et qu’aujourd’hui, je crois pouvoir dire que je me sens mieux dans la seconde partie ! Désormais, même si l’équilibre demeure fragile, mon rapport au monde est plus limpide, plus léger, plus solide.

Recevables et éclairants ces quelques mots ?

Hashtaguement vôtre,

Andrea

@ Madeleine, l’image du soufflet de cheminée est assez pertinente. En effet, le titre peut s’entendre comme une forme de respiration aléatoire – ou, selon le cas, d’insuffisance respiratoire. D’un côté, l’impermanence de la matière, sa consistance mouvante au sein du foyer de cheminée (braises, flammes, cendres). De l’autre, l’épaisseur qualitative du souffle destiné à raviver cette matière. Et entre les deux pôles, l’espace de vie dont j’ai parlé plus haut.

Juin 2017
© andrea couturet