Émouvance

Kreatur

Dans l’obscurité du plateau, on distingue d’abord un scintillement frémissant de forme oblongue dont la matière sibylline devient peu à peu manifeste, éclatante. Intrigante apparition que ce photophore ambulant (bientôt suivi par d’autres), affublé d’une chevelure de neige aux filaments à la fois solides et délicats, sorte de guirlande de laine aux sanglots étouffés, au maillage cristallisé, fragile. On dirait presque des Têtes de vieillard. Cependant, l’heure n’est pas à la langueur végétale – ni automnale. Non. Ces enveloppes nuageuses abritent en leur sein des esquisses de corps larvaires à la nudité mouvante qui tentent de s’extraire de leur coquille protectrice – ou hostile ? Lire la suite

Dans le « creux intérieur » d’Esther

Bouleversée par les mots d’Esther Luette, je partage !

« Tu me fatigues »

Penchée sur la table à repasser, j’essuie d’une main distraite la vapeur qui me monte au visage, dans un geste las, maintes et maintes fois esquissé par d’antiques lignées de lavandières avant moi.

Cessez-le feu d’un dimanche ordinaire. Assignée à résidence dans l’étroit périmètre de la planche, bercée par les va et vient réguliers du fer, je ne perçois plus que vaguement les trajectoires erratiques des uns et des autres dans la pièce, trop absorbée par l’Everest de linge hebdomadaire.

De temps à autre, le chuintement régulier de la vapeur signale discrètement ma présence. J’apprécie le – trop rare – incognito que procure l’immobilité au cœur du fourmillement ambiant. Faire soudain partie des meubles auquel nul ne prête attention me délivre alors des sollicitations incessantes de tout microcosme familial. Pour autant, si pesante que cette domestication puisse parfois s’avérer, j’ai toujours aimé repasser. »

La suite, sur le blog d’Esther Luette, Journal sous la surface

Guy de Maupassant ~ 2

« D’où viennent ces influences mystérieuses qui changent en découragement notre bonheur et notre confiance en détresse ? On dirait que l’air, l’air invisible est plein d’inconnaissables Puissances, dont nous subissons les voisinages mystérieux. Je m’éveille plein de gaieté, avec des envies de chanter dans la gorge. – Pourquoi ? – Je descends le long de l’eau ; et soudain, après une courte promenade, je rentre désolé, comme si quelque malheur m’attendait chez moi. – Pourquoi ? – Est-ce un frisson de froid qui, frôlant ma peau, a ébranlé mes nerfs et assombri mon âme ? Lire la suite

Louise Nevelson

Kimono (détail)

Noeud d’Obi (ceinture) en brocart de soie Nishiki ori avec tissage de fils d’or

« Je crois sincèrement que sons et couleurs sont de grands guérisseurs. Vous ai-je déjà raconté mon expérience des Kimonos Nô, Diana ? (…). Je n’habitais pas très loin du musée Metropolitan (…). Un jour donc, j’y suis allée à pied, je suis entrée. Ils avaient une exposition de kimonos Nô. Je dois vous dire qu’il y a en nous, certaines choses qui trouvent leur parallèle dans le monde extérieur, bon, donc, ces kimonos… chacun d’eux était en lui-même un univers complet. Je peux vous dire exactement où ils étaient. L’exposition était sur le côté sud du balcon, les mannequins n’avaient pas de tête, je suis montée à l’étage et je les ai regardés. Ensuite, j’ai regardé le tissu. Lire la suite

Guy de Maupassant ~1

« Que de fois j’ai remarqué l’influence des appartements sur le caractère et sur l’esprit ! Il y a des pièces où on se sent toujours bête ; d’autres, au contraire, où on se sent toujours verveux. Les unes attristent, bien que claires, blanches et dorées ; d’autres égayent, bien que tenturées d’étoffes calmes. Notre œil, comme notre cœur, a ses haines et ses tendresses, dont souvent il ne nous fait point part, et qu’il impose secrètement, furtivement, à notre humeur. L’harmonie des meubles, des murs, le style d’un ensemble agissent instantanément sur notre nature intellectuelle comme l’air des bois, de la mer ou de la montagne modifie notre nature physique. »

Un portrait dans L’Inutile Beauté et autres nouvelles, Guy de Maupassant, 1890