Louise Nevelson

Kimono (détail)

Noeud d’Obi (ceinture) en brocart de soie Nishiki ori avec tissage de fils d’or

« Je crois sincèrement que sons et couleurs sont de grands guérisseurs. Vous ai-je déjà raconté mon expérience des Kimonos Nô, Diana ? (…). Je n’habitais pas très loin du musée Metropolitan (…). Un jour donc, j’y suis allée à pied, je suis entrée. Ils avaient une exposition de kimonos Nô. Je dois vous dire qu’il y a en nous, certaines choses qui trouvent leur parallèle dans le monde extérieur, bon, donc, ces kimonos… chacun d’eux était en lui-même un univers complet. Je peux vous dire exactement où ils étaient. L’exposition était sur le côté sud du balcon, les mannequins n’avaient pas de tête, je suis montée à l’étage et je les ai regardés. Ensuite, j’ai regardé le tissu. Certains étaient faits d’étoffe dorée avec des médaillons. L’étoffe était dorée elle aussi. Or sur or. J’ai regardé, je me suis assise sans y penser ; j’ai senti des torrents de larmes dans l’œil droit, puis dans l’œil gauche… mon nez a commencé à couler et il y avait des torrents là aussi, j’avais envie d’aller aux toilettes et là encore il y avait un autre torrent. Tout était ouvert. Alors j’ai compris et je me suis dit : « Ô mon Dieu, la vie vaut la peine d’être vécue s’il existe une civilisation capable de nous donner ce tissage d’or et de motifs ». Je suis restée là assise à pleurer, à pleurer, assise. »

Aubes et Crépuscules, Louise Nevelson, Conversations avec Diana MacKown, Editions des femmes, 1983,  pour l’édition française (Traduction de l’américain par Camille Hercot)