Marcel Proust # 9

Freepix« Les levers de soleil sont un accompagnement des longs voyages en chemin de fer, comme les œufs durs, les journaux illustrés, les jeux de cartes, les rivières où des barques s’évertuent sans avancer. À un moment où je dénombrais les pensées qui avaient rempli mon esprit pendant les minutes précédentes, pour me rendre compte si je venais ou non de dormir (et où l’incertitude même qui me faisait me poser la question était en train de me fournir une réponse affirmative), dans le carreau de la fenêtre, au-dessus d’un petit bois noir, je vis des nuages échancrés dont le doux duvet était d’un rose fixé, mort, qui ne changera plus, comme celui qui teint les plumes de l’aile qui l’a assimilé ou le pastel sur lequel l’a déposé la fantaisie du peintre. Mais je sentais qu’au contraire cette couleur n’était ni inertie, ni caprice, mais nécessité et vie. Lire la suite

Dans le « creux intérieur » d’Esther

Bouleversée par les mots d’Esther Luette, je partage !

« Tu me fatigues »

Penchée sur la table à repasser, j’essuie d’une main distraite la vapeur qui me monte au visage, dans un geste las, maintes et maintes fois esquissé par d’antiques lignées de lavandières avant moi.

Cessez-le feu d’un dimanche ordinaire. Assignée à résidence dans l’étroit périmètre de la planche, bercée par les va et vient réguliers du fer, je ne perçois plus que vaguement les trajectoires erratiques des uns et des autres dans la pièce, trop absorbée par l’Everest de linge hebdomadaire.

De temps à autre, le chuintement régulier de la vapeur signale discrètement ma présence. J’apprécie le – trop rare – incognito que procure l’immobilité au cœur du fourmillement ambiant. Faire soudain partie des meubles auquel nul ne prête attention me délivre alors des sollicitations incessantes de tout microcosme familial. Pour autant, si pesante que cette domestication puisse parfois s’avérer, j’ai toujours aimé repasser. »

La suite, sur le blog d’Esther Luette, Journal sous la surface