Les adjectifs

« On se rappelle ce passage où, sous la plume de M. J.J. Brousson [*], Anatole France s’exprime ainsi :

« Je prends le verbe le plus simple, le plus enfantin, celui qui indique le mieux le mouvement. Mais je soigne mes adjectifs. A quoi bon les multiplier pour dire la même chose ? Si vous les prodiguez, contrariez-les. Vous surprendrez ainsi votre lecteur. N’écrivez pas : Des prélats magnifiques et pieux allèrent en procession… Mais : Des prélats obèses et pieux allèrent en procession… ». Lire la suite Les adjectifs

Patrick Süskind

« Cela fait trente ans que je sais lire, je n’ai peut-être pas lu beaucoup, mais j’ai tout de même lu un certain nombre de choses, et tout ce qui m’en reste, c’est le souvenir très approximatif qu’au deuxième volume d’un roman de mille pages, il y a quelqu’un qui se tue d’un coup de pistolet. Trente ans que je lis pour rien ! Des milliers d’heures, de mon enfance, de ma jeunesse et de mon âge adulte, passées à lire et à n’en retenir rien qu’un immense oubli. Et ne croyez pas que le mal s’atténue, au contraire, il empire. Lire la suite Patrick Süskind

« Le sel céleste »

Espace - Mad et Léo

« Quand, au télescope, j’observe la lune, découvrant ce qu’aucune reproduction ne saurait rendre : la coprésence aussi indubitable que distante de mon corps et de l’astre, la continuité murmurée de ma chair à sa lumière. Voilà que le savoir, jusque-là modelé dans la même matière que le mythe, c’est-à-dire dans les mots et les images, se vérifie ; et je franchis la frontière entre la fiction et le réel d’un pas qui me fait le même effet que le premier pas sur la lune, entre un surplus de légèreté et une invraisemblable pesanteur où je perds l’équilibre. »

Joséphine Lanesem, Histoires d’EspaceNervures et Entailles

Décollage. Madeleine et Léonie #24

Pour Hervé Gasser
L’Homme-oiseau qui fait des collages (mais-pas-que-et-tant-mieux)

– Oh, mais je vois qu’on ne se refuse rien ! Après le costume madras, une robe de Franck Depoilly !
– Un DANDY PAS COMME LES AUTRES qui réalise des merveilles à partir d’un COCON DE PAPIER.
– Inénarrable, cette robe. A mon sens, tu devrais t’en séparer illico – à la manière de Mademoiselle Mouton-Perrat Guibrunet, par exemplece serait d’un chic ! Tu manques de souplesse et de grâce mais crois-moi, ce serait plus prudent. Je te rappelle qu’au-delà de Fahrenheit 451, le papier…
– Cette robe est ignifugée, espèce de feu follet racorni.

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