Les adjectifs

« On se rappelle ce passage où, sous la plume de M. J.J. Brousson [*], Anatole France s’exprime ainsi :

« Je prends le verbe le plus simple, le plus enfantin, celui qui indique le mieux le mouvement. Mais je soigne mes adjectifs. A quoi bon les multiplier pour dire la même chose ? Si vous les prodiguez, contrariez-les. Vous surprendrez ainsi votre lecteur. N’écrivez pas : Des prélats magnifiques et pieux allèrent en procession… Mais : Des prélats obèses et pieux allèrent en procession… ».

Toute une époque ! Tout un salon ! Proust en conserve la trace. Mais rien dans tout cela ne pénètre au sein des préoccupations réelles d’un écrivain qui pense son oeuvre. »


[*] Secrétaire d’Anatole France, Jean-Jacques Brousson a publié Anatole France en pantoufles aux Editions Georges Crès et Cie, Paris, 1924.

Extrait de Proust – Recherches sur la création intellectuelle de Pierre Abraham, Editions Rieder, Collection Maîtres des Littératures, 1930

En écho à l’article de Julien Hirt, Les Enjoliveurs de phrases, « les adverbes et les accumulations ».

19 réactions sur “Les adjectifs

    • Frog, j’aime bien votre côté rentre-dedans !

      Aussi, je vous offre  » cette lune épluchée et juteuse qui désaltérait le ciel  » avec  » son panache pâle et frémissant  » et son  » regard rapide, minutieux et complet ».

      Les séries adjectivales proustiennes m’enchantent !

      🙂

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      • Haha, c’est vrai que je l’ouvre parfois un peu vite ! Un peu comme Léonie, ou bien Madeleine. Et je vous remercie de tout cœur pour ces séries adjectivales savoureuses ! Comparez donc cette lune avec une consoeur toute déshabillée par la plume d’un pingre, y a pas photo comme diraient certains. (Je plaisante, je suis d’accord qu’il vaut mieux surveiller ses adjectifs et ses adverbes comme le lait sur le feu – tout le monde (heureusement?) n’est pas Proust).

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  1. Je suis pleinement d’accord avec votre célébration des adjectifs et des adverbes. S’en passer, c’est comme cuisiner sans gras sans sel sans sucre. C’est triste, c’est terne. Et puis surtout, c’est ne pas savoir cuisiner.
    Mais ce qui me frappe dans cette phrase d’Anatole, c’est sa notation sur le verbe – simple, enfantin, car ainsi il rendra mieux le mouvement. C’est lumineux. Le verbe comme une balle lancée entre le sujet et l’objet, une balle jaune sur le ciel bleu.
    Merci de vos si précieuses citations.

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