OuLiPo. Poème fondu. 7

autrefois on riait
du reflet de la lune
au-dessus du miroir

parfois au seuil de la conscience
la présence à peine ouverte
du pouvoir des paysans 

« Le poème fondu consiste à tirer, d’un poème donné, un autre poème plus court, par exemple d’un sonnet, un haïku. » (suite de la définition sur oulipo.net).


D’après La Peine, Maurice Carême, Petites légendes, 1949
(auteur à redécouvrir cette semaine chez Écri’turbulente)

Les paysans du Morvan - Gallica

On vendit le chien, et la chaîne,
Et la vache, et le vieux buffet,
Mais on ne vendit pas la peine 
Des paysans que l’on chassait.

Elle resta là, accroupie
Au seuil de la maison déserte,
A regarder voler les pies
Au-dessus de l’étable ouverte.

Puis, prenant peu à peu conscience
De sa force et de son pouvoir,
Elle tira d’un vieux miroir
Qui avait connu leur présence,

Le reflet des meubles anciens,
Et du balancier, et du feu,
Et de la nappe à carreaux bleus
riait encore un gros pain.

Et depuis, on la voit parfois,
Quand la lune est dolente et lasse,
Chercher à mettre des embrasses
Aux petits rideaux d’autrefois.

Illustration. Les paysans du Morvan, Louis Charlot, 1945-1985, Bnf-Gallica

© épaisseur sans consistance

OuLiPo. Poème fondu. 6

sous la lune l’été
comme une chanson
toujours une flamme ronde

ivre de rire
la voix raconte
l’éclat d’un regard

« Le poème fondu consiste à tirer, d’un poème donné, un autre poème plus court, par exemple d’un sonnet, un haïku. » (suite de la définition sur oulipo.net).


D’après Rhénanes de Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

Nuit rhénane

Mon verre est plein d’un vin trembleur commeune flamme

Écoutez la chanson lente d’un batelier
Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes
Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu’à leurs pieds

Debout chantez plus haut en dansant une ronde
Que je n’entende plus le chant du batelier
Et mettez près de moi toutes les filles blondes
Au regard immobile aux nattes repliées

Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent
Tout l’or des nuits tombe en tremblant s’y refléter
La voix chante toujours à en râle-mourir
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l’été

Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire

En attendant Gasser. Madeleine et Léonie #35

Gasser - Mad et Léo

PIÈCE EN UN ACTE
Madeleine, Léonie, Solair, Dodo


LÉONIE. – On se les gèle.
MADELEINE. – On se les pèle.
LÉONIE. – Je ne comprends pas. On est bien au printemps, non ?
MADELEINE. – (elle fredonne)

Voici le mois de mai où les fleurs volent au vent
Où les fleurs volent au vent si jolie mignonne…

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L’âme d’Aimé

Pour
L’instant
C’est un peu
Depuis longtemps
La Jungle de Lam
Qui règne qui conduit
Qui affole et pétrifie
Qui les enfants grincheux charmeurs
Qui les jongleurs de mots vadrouilleurs
Qui les besogneux d’ici là d’ailleurs
Tant que rien ne bouge, pas de tapis rouge

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Bernard Dimey

Les enfants de Louxor

Quand je sens, certains soirs, ma vie qui s’effiloche
Et qu’un vol de vautours s’agite autour de moi,
Pour garder mon sang froid, je tâte dans ma poche
Un caillou ramassé dans la Vallée des Rois.
Si je mourrais demain, j’aurais dans la mémoire
L’impeccable dessin d’un sarcophage d’or
Et pour m’accompagner au long des rives noires
Le sourire éclatant des enfants de Louxor. Lire la suite Bernard Dimey

Ghérasim Luca. 2

« Le corps fantôme de la douleur chronique aiguë, c’est un corps plongé dans une intensité, un excès de réel générateur d’une angoisse qui me fait sinon crier, du moins parler. La douleur est une souffrance sans langage ».

Ainsi Esther concluait-elle son article Tu n’as pas ce qu’il faut pour te porter, publié en décembre dernier, lequel a suscité de nombreux commentaires, comme souvent (grâce au « trampoline collectif géant » ! Encore une expression d’Esther qui me plaît beaucoup). A l’un d’entre eux, Esther précisait ceci : « Écrire, c’est bégayer« .

Au même moment, à l’époque, je découvrais avec enthousiasme la plume de Guérasim Luca et, notamment, le poème Passionnément qui faisait écho, à mon sens, aux paroles d’Esther – non pas sur le fonds (le poème de Luca est une déclaration d’amour… quoique… au moment où j’écris ces lignes, je n’en suis pas si sûre… on pourrait peut-être trouver des correspondances entre les deux thèmes mais c’est une autre histoire – non pas sur le fonds donc mais sur cette idée de bégaiement, de difficultés à traduire les choses. Et en l’espèce, comment dire la douleur ? Comment les mots, piètres outils, peuvent-ils la traduire ? Esther prétend « chercher [s]es mots »… On pourrait croire qu’elle s’adonne-là à une sorte de coquetterie, compte tenu de la qualité de son écriture. Mais je ne crois pas… Il s’agit d’une interrogation plus vaste, plus profonde autour de l’écriture, du langage, de la difficulté d’écrire… Loin de moi l’idée d’épuiser cette épineuse question – je n’en ai ni les compétences ni l’intention.

Aussi est-il temps de laisser la parole à Guérasim Luca, à travers les premières lignes de son poème Passionnément (à voir et à écouter, ici…) – là est mon unique dessein… Une promesse à Esther…

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Loïc Demey

« C’est à l’écoute de Prendre corps, poème de Ghérasim Luca mis en musique et interprété par Arthur H, que Loïc Demey, professeur d’éducation physique dans un collège mosellan depuis une dizaine d’années, se lance dans l’écriture de Je, d’un accident ou d’amour.
De Ghérasim Luca, il garde l’idée d’omettre les verbes, qu’ils soient conjugués ou à l’infinitif, et de les troquer pour des noms, des adjectifs ou des adverbes. »
Extrait de la préface d’Antoine Wauters

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Ghérasim Luca. 1

Ghérasim Luca 1

Ghérasim Luca

Extraits de Prendre corps de Ghérasim Luca in Héros-Limite suivi de Le Chant de la carpe et de ParalipomènesPréface d’André Velter, Collection Poésie (n° 364), Gallimard, 2001

Quelques ressources sur Ghérasim Luca (1913 – 1993)

Le poème Prendre corps mis en musique et interprété par Arthur H et Nicolas Repac
La page des Éditions José Corti
Le récital-télévisuel de Raoul Sangla, Comment s’en sortir sans sortir

Ondelette. Agenda ironique 12-2018

Sous l’eau
dans l’air
sur l’onde onésimique
Une crevette drolatour épreuve et doute

Jumeleine ou madeleine

Rêve d’un rendez-vous créaginaire
Avec un palais buccal iodé

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