autrefois on riait
du reflet de la lune
au-dessus du miroir
parfois au seuil de la conscience
la présence à peine ouverte
du pouvoir des paysans
« Le poème fondu consiste à tirer, d’un poème donné, un autre poème plus court, par exemple d’un sonnet, un haïku. » (suite de la définition sur oulipo.net).
D’après La Peine, Maurice Carême, Petites légendes, 1949
(auteur à redécouvrir cette semaine chez Écri’turbulente)

On vendit le chien, et la chaîne,
Et la vache, et le vieux buffet,
Mais on ne vendit pas la peine
Des paysans que l’on chassait.
Elle resta là, accroupie
Au seuil de la maison déserte,
A regarder voler les pies
Au-dessus de l’étable ouverte.
Puis, prenant peu à peu conscience
De sa force et de son pouvoir,
Elle tira d’un vieux miroir
Qui avait connu leur présence,
Le reflet des meubles anciens,
Et du balancier, et du feu,
Et de la nappe à carreaux bleus
Où riait encore un gros pain.
Et depuis, on la voit parfois,
Quand la lune est dolente et lasse,
Chercher à mettre des embrasses
Aux petits rideaux d’autrefois.
Illustration. Les paysans du Morvan, Louis Charlot, 1945-1985, Bnf-Gallica
© épaisseur sans consistance







Ainsi Esther concluait-elle son article Tu n’as pas ce qu’il faut pour te porter, publié en décembre dernier, lequel a suscité de nombreux commentaires, comme souvent (grâce au « trampoline collectif géant » ! Encore une expression d’Esther qui me plaît beaucoup). A l’un d’entre eux, Esther précisait ceci : « Écrire, c’est bégayer« .
Au même moment, à l’époque, je découvrais avec enthousiasme la plume de Guérasim Luca et, notamment, le poème Passionnément qui faisait écho, à mon sens, aux paroles d’Esther – non pas sur le fonds (le poème de Luca est une déclaration d’amour… quoique… au moment où j’écris ces lignes, je n’en suis pas si sûre… on pourrait peut-être trouver des correspondances entre les deux thèmes mais c’est une autre histoire – non pas sur le fonds donc mais sur cette idée de bégaiement, de difficultés à traduire les choses. Et en l’espèce, comment dire la douleur ? Comment les mots, piètres outils, peuvent-ils la traduire ? Esther prétend « chercher [s]es mots »… On pourrait croire qu’elle s’adonne-là à une sorte de coquetterie, compte tenu de la qualité de son écriture. Mais je ne crois pas… Il s’agit d’une interrogation plus vaste, plus profonde autour de l’écriture, du langage, de la difficulté d’écrire… Loin de moi l’idée d’épuiser cette épineuse question – je n’en ai ni les compétences ni l’intention.
Aussi est-il temps de laisser la parole à Guérasim Luca, à travers les premières lignes de son poème Passionnément (à voir et à écouter, ici…) – là est mon unique dessein… Une promesse à Esther…