Black Dolls 1. Madeleine et Léonie # 25

Pour Joséphine Lanesem

ACTE 1
Personnages. Léonie, Madeleine, L’agent de surveillance, 
La Dame à la robe brodée de perles
et tous les autres personnages captivants et saisissants
de la collection de Deborah Neff.
La scène se passe à La Maison Rouge, boulevard de la Bastille, à Paris.


LÉONIE. – Les musées m’ennuient grave.

MADELEINE. – Allons, allons, cesse de faire l’enfant. La Maison Rouge est un lieu exquis, une fondation pour l’art contemporain qui, je l’espère vivement, ne fermera pas ses portes à la fin de l’année, comme on l’annonce partout. Et l’exposition Black Dolls est paraît-il exceptionnelle par la rareté des objets présentés.

LÉONIE. – Fondation, expo, art contemporain, c’est un musée, quoi. Et les musées, ça m’ennuie grave.

MADELEINE. – Vas-y, dis-le encore une fois.

LÉONIE. – Pourquoi s’acharne-t-elle à nous enlaidir de la sorte, l’Autre (« pauvre petit être qui enfle du bulbe », ah ah). C’est quoi, ces guenilles ?! Sans blague, tu as vu ta tête ?! Cette coiffe à ruban est à mourir de rire – ou d’ennui.

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Claude Roy. 4

« Un grand artiste voit le monde comme personne avant lui ne l’avait vu, mais il y a toujours un moment où il a essayé de le voir comme tout le monde, comme s’il n’était rien, qu’un miroir, une plaque sensible (…). Les êtres qui sont trop pleins d’eux-mêmes, rien ne les frappe ni ne les pénètre, ils ne voient rien.

Il faut savoir s’oublier, se passer à la gomme, se faire invisible à soi-même, se distraire complètement de celui qu’on est, pour mériter de voir vivre les êtres, et de donner vie à des personnages (…). Il leur faut [aux romanciers], pour être inoubliables, avoir su s’oublier. Rien n’est plus difficile, ni plus beau. »

Défense de la littérature, Claude Roy, 1968, Gallimard-Idées, page 124

Les adjectifs

« On se rappelle ce passage où, sous la plume de M. J.J. Brousson [*], Anatole France s’exprime ainsi :

« Je prends le verbe le plus simple, le plus enfantin, celui qui indique le mieux le mouvement. Mais je soigne mes adjectifs. A quoi bon les multiplier pour dire la même chose ? Si vous les prodiguez, contrariez-les. Vous surprendrez ainsi votre lecteur. N’écrivez pas : Des prélats magnifiques et pieux allèrent en procession… Mais : Des prélats obèses et pieux allèrent en procession… ». Lire la suite Les adjectifs

Patrick Süskind

« Cela fait trente ans que je sais lire, je n’ai peut-être pas lu beaucoup, mais j’ai tout de même lu un certain nombre de choses, et tout ce qui m’en reste, c’est le souvenir très approximatif qu’au deuxième volume d’un roman de mille pages, il y a quelqu’un qui se tue d’un coup de pistolet. Trente ans que je lis pour rien ! Des milliers d’heures, de mon enfance, de ma jeunesse et de mon âge adulte, passées à lire et à n’en retenir rien qu’un immense oubli. Et ne croyez pas que le mal s’atténue, au contraire, il empire. Lire la suite Patrick Süskind