Agenda ironique. Mado et Léo à Coupiac

Préambule
Carnets Paresseux organise ce mois-ci l’Agenda Ironique dont voici la consigne : « Septembre fini, Frog me confie l’agenda ironique, le jeu itinérant et débonnaire (pour en savoir plus, lire ici) ; paresseux, je vous montre juste une image. Celle-là même qui est ci-d’ssus [ci-d’ssous], et qui représente l’authentique Café Verlaine, à Coupiac (Aveyron). »


Carton

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Brouillon. Madeleine et Léonie ~ 11

Mad et Leo (Fine fleur)

© andrea couturet

Rose est passée me voir cette nuit.
– Rose Trémière ou Rose Bonbon ?
– La plus délicieuse des Rose qu’il nous ait été donné de cueillir sur notre tortueux chemin. [elle est bouleversée]. Je me souviens encore des premières lignes de l’article paru dans le journal. « On apprend de source policière que le corps retrouvé lundi dernier dans le petit village de *** est bien celui de Rose de Laperle, fille unique de la riche héritière, Adèle de Laperle, décédée trois mois plus tôt à l’âge de 99 ans ».
– Au nom du ciel, Madeleine, ne reviens pas sur cette sombre histoire, lointaine et sans âge.
– Quelle étrangeté. Elle est entrée dans mon rêve sur la pointe des pieds en hurlant, en poussant des cris muets… Rose, la douceur incarnée devenue figure hurlante à la Bourdelle. C’était saisissant !
– Je n’ai jamais compris l’expression « fait divers ».
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Selfie. Madeleine et Léonie ~ 10

Madeleine et Léonie

 

 

– Oh dis donc, on dirait qu’on a vu le loup !
– Le loup ?! Il avait une tête de mort, alors.

Néon

 

 

 

 

– Pourquoi tu m’emmènes toujours dans des endroits improbables ?
– L’ambiance néon-violacé de cette boîte de nuit me rappelle la couleur de mon intestin grêle. Et tu n’es pas obligée de me suivre, patate.
– Ah oui… Et qui prendrait les selfis ? Avec tes mains briochées, tu peux à peine tenir deux aiguilles à tricoter…
– Occupe-toi donc de vivre l’instant présent, ma cocotte. Born to be alive

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Astéroïdes. Madeleine et Léonie ~ 9

Mad et Léo (Astéroides)

© andrea couturet

[On entend deux mouches voler. Puis, au bout de onze secondes et six centièmes, soit une éternité].

– Alors il paraît que nous sommes « attachantes et énigmatiques »…
– Mmm…
Joséphine, quel prénom ravissant ! Fin, poétique, scintillant.
– Primo, permets-moi de te dire que ta série adjectivale est d’une pauvreté sans nom. Deuxio, tu fais preuve d’une naïveté confondante. Si ça se trouve, il s’agit d’un pseudo.
– Un. Je ne te permets pas de me parler de la sorte. Deux. Un pseudo, et alors ?
[Tout à coup, elles se mettent à chuchoter. Impossible de percevoir le moindre écho de leur conciliabule. Puis au bout de quelques secondes].
– Ah ! Mon intuition me dit que Joséphine sait « voir les moutons à travers des caisses ». C’est pourquoi je crois intimement qu’elle est originaire de l’astéroïde B 612.
– Ben voyons. Seul le côté obscur de la Force pourrait lui donner ce genre de pouvoir.
– ARRETE TOUT DE SUITE CES INVECTIVES GROTESQUES ! N’oublie pas que l’hôpital psychiatrique est à deux pas.
– Oh là là, si on ne peut plus plaisanter. [à part soi. Il n’empêche que toutes ces filles qui se croient spéciales me donnent la nausée.]
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Douche froide. Léonie sans Madeleine ~ 8

Léonie

© andrea couturet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

N’allez pas croire tout ce que vous raconte la vieille au chapeau rose (ah ah, le coup de l’aiguille à tricoter ! J’aime bien l’emmerder).

Certes, Andrea a fait des progrès non négligeables dans ses rapports au monde, aux autres, aux livres, bla bla bla. Mais il lui arrive encore parfois de connaître de fâcheuses piqûres de rappel. Un auteur adulé, idéalisé tombe de son piédestal en deux coups de cuiller à pot et bien entendu, il l’entraîne dans sa chute. A deux, c’est mieux, non ?
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Idéalisation. Madeleine sans Léonie ~ 7

Léonie

© andrea couturet

Mais, où est donc passée mon aiguille ?! [Un temps] Non. Elle n’a pas fait ça. Ce serait pur enfantillage. LÉONIE ! RENDS-MOI IMMÉDIATEMENT MON OUTIL DE TRAVAIL ! Cette écharpe ne sera jamais finie à temps. Mais pourquoi je m’égosille de la sorte, moi, alors que je suis en si charmante compagnie ?

Ah, Christian Bobin ! Toute une époque. Depuis quelques jours, Andrea baigne dans une sorte de nostalgie distanciée. En effet, sur le blog de Martine, elle a découvert un nouveau lien, un « atelier à ciel ouvert », Nervures et entailles de Joséphine Lanesem : un lieu rafraîchissant, irrigué par une écriture soignée, exigeante, vivante et à l’identité formelle d’une sobriété résolument avantageuse – sauf peut-être la couleur indéfinissable de l’arrière-plan tirant sur le bleu-vert ou le vert-bleuté, étendue maritime pixelisée qui lui pique les yeux (trop de louanges serait douteux, n’est-ce-pas, et puis tout le monde ne voit pas la vie en bleu).

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Abrutissante. Madeleine et Léonie ~ 6

– Ce n’est pas la délicatesse qui l’étouffe, comme dirait l’autre.
– Peut-on connaître ce qui motive ton agressivité, en ce jour de forte chaleur ?
– Tu as vu ce qu’elle est en train de lire ?! C’est une véritable provocation !
Les Demeurées ? La réalité est beaucoup plus simple, ma chère Léonie. Elle a poussé la porte d’une librairie, Le Cadran lunaire. Sur une des tables d’exposition, un titre a attiré tout particulièrement son regard. Elle a interrogé le libraire, lequel lui a fourni de manière très professionnelle des informations plutôt captivantes sur Jeanne Benameur.
– Et d’après toi, en achetant ce livre au titre si évocateur, elle n’a pas pensé à nous un seul instant – ne serait-ce qu’une fraction de seconde ?!
– Tu fais preuve d’un égocentrisme monstrueux ! Pourquoi diable es-tu toujours sur la défensive ?! Serais-tu devenue subitement « abrutie », à l’image des personnages de Jeanne Benameur ?
– Tu m’insultes maintenant ?!
– Eh oh, du calme ! Tu te prends pour la folle de Passy ou quoi ?! Ecoute plutôt ce portrait de la mère qu’on appelle La Varienne :

« Demeurée, c’est l’autre nom pour l’abrutie qu’elle est.
Demeurée, oui, demeurée, devant la grille close, longtemps, sous la bruine rousse de septembre, jusqu’à ce qu’une jeune femme, l’institutrice, sorte et lui dise ‘Il faut partir maintenant’ » (page 22)
« Empaquetée dans l’étouffement de ce qu’elle ne peut pas nommer, elle est demeurée » (page 23)

Quant à la fille, la petite Luce, c’est une fleur de rien du tout, une herbe folle :

« Dès que les paroles claires de Mademoiselle Solange menacent de pénétrer à l’intérieur d’elle, là où toute chose pourrait se comprendre, elle fuit. D’une enjambée muette, elle se niche où le plâtre du mur se délite, au coin de la grande carte de géographie, près du bureau.
Entre les grains usés, presque une poussière, elle a sa place. Elle fait mur. Aucun savoir n’entrera. L’école ne l’aura pas.
Elle demeure. Abrutie comme sa mère. Aimante et désolée ». (page 28)

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