Epistolaire ~ 4

Cependant, même si Camille vouait à l’institution postale un culte des plus ardents, elle n’appliquait pas l’ensemble des normes édictées par celle-ci, quant à la rédaction des adresses. Non seulement elle n’utilisait jamais d’enveloppes pré-casées, décidément trop éloignées de son idéal de beauté, mais elle se plaisait à ajouter, non sans un brin de malice, une virgule après le numéro de la voie, règle absolument prohibée, à tout le moins non recommandée par ladite institution. Au diable la reconnaissance optique des adresses postales ! Et quand elle eut terminé la lecture du fameux Traité de ponctuation française, son amertume était à la hauteur du chapitre consacré à la virgule, plus de cent pages, sur un volume qui en comptait plus de quatre cent soixante – l’étude des autres signes atteignant à peine vingt ou trente pages. Jacques Drillon avait osé écrire : « Il n’est pas nécessaire de mettre une virgule après le numéro de la rue (…) car l’adresse forme un tout. » Un tout ? Plutôt une sorte de magma imparfait qu’elle se devait d’assouplir, de corriger. Elle y plantait alors ce soupir ou point à queue cher à Etienne Dolet, ce grain de folie si gracieux, cette respiration unique enfin, qui donnait au tout une cadence des plus mesurées. Là était son unique dessein. Cependant, Jacques Drillon écrivait aussi, dans son introduction, que l’usage de la virgule obéit « à quelque chose qui ressemble au goût – celui qu’on dit ‘bon’ ». Et Camille se sentait alors apaisée.

Octobre 2008
© andrea couturet

© Joël Lamoureux

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