Vous avez un moment ? # 1

Smartphone

Ce mercredi soir, à la radio, un brouhaha puis une voix. Il est question d’écrans, de smartphones, d' »hypnose par écran« . Je n’ai retenu ni le nom de l’émission, ni celui de l’invité. Mais le lendemain, grâce aux nouvelles technologies, je parviens à réécouter l’émission en podcast. Je retranscris ici quelques propos entendus.

« Mon pavé 2018, c’est l’hypnose liée aux écrans de smartphone. » [Notre société] « en quête d’émotions fortes, oublie la recherche du sens. On confond la montée d’adrénaline et le sens. (…) On est attiré par l’écran parce qu’il y a une pulsion de survie émotionnelle (…) mais surtout, on le consulte tout le temps (…). Avec les écrans, il n’y a plus de moments. Quand on lit un livre, on a un moment, un moment de lecture (…) On peut concevoir un individu et une civilisation en fonction de l’organisation de ces moments. Or, avec les écrans, il n’y a plus de moments (…)  Nous ne sommes plus dans le réel mais dans ce que j’appelle le trans-réel. (…) Je parle de cette consommation granulaire, omniprésente qui nous dé-présentifie du monde (…) [ici, l’invité précise qu’il ne s’agit pas d’une condamnation réactionnaire] Mais je  vois une génération qui construit son identité à travers le monde virtuel. Ce que j’appelle l’ego-système, la communauté d’amis, fait l’identité des jeunes (…) Il y a certes quelque chose d’euphorisant [dans le fait de partager, de liker] (…) mais je crois que ça empêche le jugement critique, la pensée véritablement personnelle. (…)

Quand on construit des individus dans l’idée que dans l’hypnose, tout va bien, dans le dé-réel, tout va bien (…), on a affaire à un état hypnotique permanent. (…) Conséquence : on n’a pas l’impression de vivre (…)Au bout du compte, on passe à côté de la vie (…). La vie ne nous imprègne pas en profondeur. Sortir de l’hypnose, ce n’est pas forcément sortir des écrans, c’est trouver une autre modalité de consommation des écrans et, peut-être, de philosophie à travers les écrans. (…)

[Intervention du journaliste qui lui fait remarquer qu’en 1968, il aurait certainement condamné les paradis artificiels, le LSD… « C’est une forme de drogue ? »] « Hélas non ! Ce serait bien si le smartphone nous donnerait une sorte d’état modifié de conscience qui nous permettrait de voyager de façon initiatique. Mais non. C’est permanent. C’est accroché à notre conception du monde et surtout, ça nous évite d’être confronté à nous-mêmes. C’est le divertissement pascalien poussé à l’extrême, en permanence. (…) On n’a pas affaire à des moments de dérèglement suivis de moments de retour à l’ordre. On a affaire à un réel qui se dérègle en continue et qui donne la sensation de vivre sans avoir l’impression d’exister. »

Sous les pavés, France Info, Olivier de Lagarde avec Vincent Cespedes, émission du 28 février 2018 (durée, 4.51)

Instantanément, la dernière phrase m’a fait penser à un texte étudié dans ma jeunesse. Il s’agit de… Vous permettez un instant que je cherche dans mes papiers ? Il s’agit d’un texte polycopié… cela ne nous rajeunit pas, n’est-ce-pas…

Illustration pixabay
© andrea couturet
Mars 2018