Emoi muséo

Sous mes pas, l’éloquence du bois réinvente son humeur savante.

On connaît sa fin, cela seul nous retient. Sous le voile épais du miroir, se dessine l’âpreté des jours intemporels. A l’ombre d’une magie froissée par une source d’images fécondes, fécondité censurée par la Majuscule, je découvre, non sans amertume, les œuvres qui ne sont pas, qui ne sont plus. Je goûte au fruit stérile des longues dernières années et je suffoque avec elle. Décomposée, je navigue au bon gré de son cri, lourd d’ivresse maladive. C’est alors que L’Aurore me fait signe, saine et souple sous son clair regard bleuté ; puis Le Sommeil et le souffle feutré de son écho ; enfin, une soif de reconnaissance non apaisée qui ose dire sa douleur, moisie par L’Abandon. Ce fruit, nourri par un poison occulte, est fait de marbre et d’absolu, d’amour et de doute. Ce marbre capricieux… Par de veules agressions funestes, il a su la rendre victime. L’anéantissement de son salut annonce une mélopée si fluide. Un temps, elle a su l’entourer de sa gaieté. Là est sa grandeur.

Sous mes pas, le bois soigne son éloquence, pour mieux me retenir auprès d’elle.

Novembre – Décembre 1988
© andrea couturet