
MADELEINE. – (imitant la voix d’Andrea-la-Fipette). « Allez les filles, on sort du carton ! ».
LÉONIE. – (encore en sleep). Merde Madeleine. C’est quoi, ce bordel.
MADELEINE. – (enjouée). Tu veux tes béquilles ?! Parce que ça démarre sur les chapeaux de roue !
LÉONIE. – (migraineuse mi-cossarde). Attends. Elle a récupéré ses neurones, l’aute corniotte ? (dans un bâillement fracassant) On est en dormance pendant trois siècles et demi et tout d’un coup, parce que madâââme dédaigne les réseaux sociaux, on fait appel à Catherine et Liliane ? Quelle infamie.
MADELEINE. – (fredonnant). ♫ « Les réseaux sociaux / Qu’est-ce qu’on ferait sans les réseaux sociaux. On s’rait un peu comme des oiseaux / Sans nid ». ♫
LÉONIE. – (sarcastique). Vivement le jour de la grande pane.
MADELEINE. – Ah ah ! Démasquée devant la machine à café ! Tu as lu le livre, friponne !!! Attends. Ce passage est irrésistible. C’est la première journée du narrateur au Ministère de l’Instruction nationale. A cette occasion, il se voit confier une mission de la plus haute importance. Récupérer un obscur document estampillé A-439. Aussi, afin de l’aider au mieux dans ce qui ressemble à une chasse au trésor, lui remet-on une liste de consignes très précises, au nombre de quatre.
LÉONIE. – (ensommeillée dans ses borborygmes, soupirs, râles divers). Zzz, gggrrr, aaarrrhhh…
MADELEINE. – (après lui avoir lancé un regard assassin). Donc, après avoir brillamment franchi les deux premières étapes, il prend connaissance de la troisième : « 3- Descendre un demi-étage, et prendre à gauche derrière la machine à café en panne ». In fine, le lieu du crime est atteint sans ambages.
L’affaire aurait déjà été suffisamment troublante sans le petit panneau scotché à la va-vite : tracé d’une main peu assurée, le papier adressait un message dont la concision réussissait l’exploit d’indiquer à la fois les défauts d’alphabétisation de son auteur, et l’état de mort cérébrale de la machine, ou inversement : « En Pane ».
LÉONIE. – (désengourdie par le bourdon de la page 211). Bon, on va pas y passer la journée. C’est quoi le deal ? – (in petto) Et dire que l’Agenda Ironique de novembre portait sur l’hibernation… Cher Dodo, votre yapluka, vos pingouins et vos chats me manquent…
MADELEINE. – Concentre-toi, bon sang de bois ! Notre objectif du jour consiste à faire un pitch du premier roman d’Arnaud Cossart. Et non seulement il n’y a aucun deal mais ta collaboration est la bienvenue. (un temps) N’EST-CE-PAS ?!
LÉONIE. – (antique et solennelle). Écoute-moi bien, ma cocotte. Depuis que l’aute coche pratique son nouveau Violon d’Ingres, en position assise toute la journée, les mains bien ancrées sur la surface lisse néanmoins encombrée de son bureau, ce blogue va à vau-l’eau. Et cet article n’a aucune chance de revenir vivant du bureau d’Anne-Lise Poissard.
MADELEINE. – Aaahhh ! Un de mes personnages préférés ! Je précise ici, à toutes fins utiles, qu’Anne-Lise Poissard, « assistante administrative personnelle » du chef du bureau de la « Pédagogie de l’Innovation Projective », est très à cheval sur la literie bureaucratique. Et ma foi, le narrateur se trouva fort dépourvu quand la bise fut venue. Plus précisément, lorsqu’on le pria de pondre une note sur un projet pédagogique des plus baroques (n’oubliez pas qu’il vient tout juste d’arriver au Ministère, le pauvre diable). Seule solution, demander quelques tuyaux d’arrosage à son collègue, « Ludo-du-bureau-d’en-face ». Écoutons ce petit dialogue entre les deux protagonistes.
– Ne prends pas ce conseil à la légère, mon jeune ami. Tu ne sais pas. Tu ne mesures pas. Une erreur de police d’écriture ? Bim, retour à l’envoyeur. Une faute d’orthographe ? Un mauvais alignement de ton titre ! Un mauvais choix d’interligne (14 points, et attention aux veuves et orphelines…). Pire : une double espace oubliée.
– Ah, les interlignes, 14 points ?
– Tu n’imagines pas les jours de retard que j’ai subis à cause de doubles espaces oubliées (…)
LÉONIE. – (suffisante). C’est bien ce que je disais. Cet article ne respecte aucune règle typographique poissardienne. Donc, corbeille. A bon ChatGIPITI, bon RatGIPITA.
MADELEINE. – Quelle parano de naze. (un temps) Dis-moi, il serait peut-être temps de planter les tulipes… sauf si tu les considères comme une variable aléatoire discrète.
LÉONIE. – J’y viens, vieille bique, j’y viens. On pourrait dire… ma foi… bien des choses en somme… (elle se racle la gorge) Lors d’une visioconférence sur les comices tulipières, les instances du Ministère de l’Instruction nationale ont validé un projet des plus… comment dire… des plus sots…
MADELEINE. – (en sa qualité de modératrice de contenu, elle lui coupe la parole, non mais). … saugrenus. En effet – et nous conclurons là-dessus – ce projet baptisé « Un Bulbe, Un Élève Sous Contrat » est assez ambitieux. Chaque écolier se verra remettre un bulbe de tulipe dont la floraison devra intervenir idéalement le jour de la Fête des Mères.
LÉONIE. – C’est pas gagné, cette histoire. Surtout pour les Fosteriana. A propos, elle a pas trouvé d’arrière-plan de tulipes, l’aute zigue ?
MADELEINE. – Hélas, seules les marguerites ont répondu à l’appel ministériel.
LÉONIE. – (un temps) Tu m’passes la confiture de figues aux mirabelles, steuplé.
© Andrea Couturet, épaisseur sans consistance, 2025
Pour en savoir plus sur Arnaud Cossart, c’est ici ou là.
Chers amis, en ces temps passablement troublés, la lecture de Tulipes or not Tulipes s’impose. Elle fait du bien tout simplement (aux zygomatiques – mais-pas-qu’eux). Quant à moi, je retourne dans ma grotte !
Remerciements
Marion, sans qui je serai passée à côté de cette pépite calembouresque pleine de fraîcheur !
Arnaud, pour sa générosité, son foulard fleuri, sa malice, ses chaussettes Joconde, son sens aigu de l’autodérision, ses Papijoli et Mamijolie.


Ça fait plaisir de te revoir sur les ondes même si je n’ai pas tout bien saisi !
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Merci Dominique !
Trop de références au bouquin d’Arnaud, sans doute ! Donc, il te faut le lire !
😋
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Ah ben ce doit être pour ça ! On te revoit bientôt j’espère ?!
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C’était juste une apparition !
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😕
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ce ministère me fait penser à la maison qui rend fou, dans les 12 travaux d’Asterix
je note Arnaud Caussard pour de plus amples emplettes
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Ah ah ! Bien vu !
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Hé, mais voilà une triple réapparition qui fait plaisir !
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Hé hé…
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