Guillemets. Madeleine et Léonie #20

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Dis-moi, s’introduire ainsi dans une citation, n’est-ce-pas répréhensible, à tout le moins inopportun ?
– Qu’est-ce que tu racontes ?
– Une citation de Marcel Proust ! L’un des plus grands écrivains français, si ce n’est le plus grand !
– C’EST le plus grand. Et alors ?
– Mais enfin, il s’agit de la Madeleine, le passage le plus célèbre de son magnum opus !
– Laisse ton ouvrage, reprends tes aiguilles et poursuis ton ouvrage.
– Il paraît même qu’une pétition circule sur les réseaux sociaux pour qu’il entre au Panthéon !
– C’est fini, ce cirque ! Pour une fois, je soutiens pleinement la démarche d’Andrea. Elle a souhaité que cette citation soit plus limpide pour le lecteur. Aussi a-t-elle jugé intéressant de faire appel à ses boules de chiffon (en l’occurrence, nous) pour envisager une lecture plus attractive, dynamique, plus goûteuse de La Madeleine, et ainsi inviter les gens à lire entièrement et attentivement ce passage à la langue si profondément déliée, pénétrante et bouleversante – qu’elle a par ailleurs amputé pour les lecteurs pressés.
– Sacrilège ! Mais enfin, Proust n’a nul besoin d’artifices !
– Toi non plus.
– C’est-à-dire ?
– Pourquoi portes-tu toujours cet accoutrement grotesque ?
– Écoute, tant que je ne serai pas partie, je resterai dans cette tenue, qu’elle te plaise ou non. Par ailleurs, c’est une question d’ordre pratique pour Andrea. Elle ne va tout de même pas passer son temps à me déshabiller puis me rhabiller pour une séance photo dans un studio photo qui n’existe pas.
– Et pourquoi pas ?
– Tu sembles oublier que nous faisons partie du décor de ce blog et qu’à ce titre, nous faisons l’objet d’une mise en scène soignée qui demande patience, imagination, sens de l’observation…
– … Et temps perdu. Dans ce cas, explique-moi pourquoi tu portes ta tenue prosaïque, médiévale et austère dans l’article précédent ?
Parce que ce n’est pas moi. [à part soi. Ah ah ! Une série adjectivale à la manière de Marcel !]
– Bien-sûr… Prends-moi pour Madame Verdurin…
– Il s’agit d’un trompe-l’œil, d’une imposture, en somme. Tu es moi.
– [un temps]. Je suis toi. [un temps] Miroir, mon beau miroir, dis-moi laquelle de nous trois est la plus perchée. Je ne comprends rien à ton délire.
– C’est bien naturel. Je ne puis en dire davantage. Un magicien dévoile-t-il ses secrets ? Hi hi. Mais, ma parole, cette conversation n’a aucun sens ! Où en étions-nous ? Ah oui… Je me demandais si notre présence au sein des guillemets de la Madeleine [même entre crochets] ne rendait pas la lecture quelque peu cacophonique, confuse. Vois-tu, je pense même que l’effet recherché par Andrea s’est révélé calamiteux.
– Et comment en arrives-tu à cette conclusion ?
– Très peu de « vues » et seulement deux mentions « J’aime ».
– Ecoute, cette conversation horizontale, fortuite et insensée me fatigue. Qu’Andrea me lâche la grappe. Je vais me coucher.
[blanc]
– Ça tombe bien, il est encore tôt.
[noir]

Note. Il est passablement incongru de voir le tag « Marcel Proust » placé en fin de liste ! Je précise que ceci n’est pas de mon fait.

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© andrea couturet
Janvier 2018

5 réactions sur “Guillemets. Madeleine et Léonie #20

  1. une série adjectivale, hivernale et râleuse ? ces madeleines ont un petit gout de crèp[ag]e de chi[ff/gn]on. Quant aux « j’aime » et aux « vues », heureusement que ça n’existait pas du temps de l’oncle Marcel, il aurait trop grave liqué !

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