La composition muette

Conçue d’étain, d’or et de grâce quelques bulles plus tôt.

A l’affût de deux ou trois rictus de vie, quelques vertiges plus tard, un collège blanc butine d’elle à elles. Aucune feinte galante en son état, à peine quelques concrétions d’étain, comme l’on dit d’un volcan qu’il est éteint. A jamais. Morne deuil. Sur elle, un vieux candélabre veille. Un cadeau, une joie antique de l’ami disparu. Étincelante dune à la candeur délabrée. Ainsi la voilà soliste en des murs gris où, léger, son art diffuse un filet d’eau, un voile d’origine glacière. Un corps de ballet dans un cirque. Noirs, ses yeux ne murmurent pas autre chose. A moins que ce ne soit le cirque dans ce fameux corps de ballet… Qui sait ? Mais le collège blanc est formel : il s’agit bel et bien d’une implosion cérébrale à caractère pictural et poétique, entraînant une aphonie douteuse. Ses doigts l’ont trahie et les dégâts sont nombreux. Ebauche elle est devenue, à moins qu’elle ne soit née chef-d’œuvre absolu, incognito. Parviendront-ils à la débaucher, et comment ? Peut-être à coup de grimaces ponctuées de « dis bonjour à la dame » ou de « tu te souviens de la grande cascade ? », sûrement en se racontant des histoires qui ne la concernent aucunement. Décidément, l’enjeu de cette composition leur échappe, aussi ce collège blanc demeurera-t-il toujours à ses yeux un vague essaim de bleus, à jamais hors sujet.

Conçue d’étain, d’or mais de grâce, laissez-la mourir ! Elle s’épanouit ! Elle rayonne ! N’avez-vous donc jamais perçu le souffle bleu d’une étoile filante ?

Septembre 1991
© andrea couturet

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