Victor Hugo

« Braves gens (*), prenez garde aux choses que vous dites.
Tout peut sortir d’un mot qu’en passant vous perdîtes ;
Tout, la haine et le deuil !
Et ne m’objectez pas que vos amis sont sûrs et que vous parlez bas.
Écoutez bien ceci :

Tête-à-tête, en pantoufle,
Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,
Vous dites à l’oreille du plus mystérieux
De vos amis de cœur ou, si vous aimez mieux,
Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,
Dans le fond d’une cave à trente pieds sous terre,
Un mot désagréable à quelque individu.
Ce mot – que vous croyez qu’on n’a pas entendu,
Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre –
Court à peine lâché, part, bondit, sort de l’ombre ;
Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin ;
Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,
De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;
Au besoin, il prendrait des ailes, comme l’aigle !
Il vous échappe, il fuit, rien ne l’arrêtera ;
Il suit le quai, franchit la place, et cætera
Passe l’eau sans bateau dans la saison des crues,
Et va, tout à travers un dédale de rues,
Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.
Il sait le numéro, l’étage ; il a la clé,
Il monte l’escalier, ouvre la porte, passe,
Entre, arrive, et railleur, regardant l’homme en face,
Dit : – Me voilà ! Je sors de la bouche d’un tel.

Et c’est fait, vous avez un ennemi mortel !  »

Toute la lyre, Victor Hugo, Posthume 1893


(*) Dans certaines éditions, le poème commence par « Jeunes gens ».
Note. Ce poème ayant été publié après la mort de l’auteur, j’invite celles et ceux (hi hi) qui s’intéressent aux références précises et qui ont du temps à perdre, à consulter quelques sites (car j’avoue que je m’y perds un peu !). Et puis, comme dit quelqu’un (suivez mon regard !), l’essentiel n’est-il pas d’apprécier ce texte pour ce qu’il est…
bnf
books google

4 réactions sur “Victor Hugo

  1. Ton regard est venu se poser sur mon commentaire « d’ailleurs »..
    Ce serait bien que tu ailles visiter le blog de ma romantique très amie Asphodèle ; je pense que vous devriez bien vous entendre.
    Pour le moment, comme elle est dans le deuil, elle n’y passe pas de temps, mais elle reviendra, je sais.
    Je ne disais pas ça à propos de notre ami Victor, dont, j’avoue, les écrits me sont restés plus ou moins hermétiques, en conséquence d’un bourrage de crâne scolaire qui me l’ont rendu carrément indigeste.
    Et tu vois, ce poème que tu publies ici me chatouille un peu l’émotion et la comprenette. Va donc savoir !!!

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    • Euh… Je ne comprends pas ta première phrase, Martine…

      Quant à ce poème, qui est nommé communément « Le Mot », il est souvent proposé dans les ateliers Théâtre. C’est comme cela que je l’ai découvert. Et crois-moi, lorsqu’il est lu à haute voix, il révèle tout le génie de Victor Hugo !

      J’irais visiter le blog d’Asphodèle ! Que de découvertes !!!

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