
– Jules, qu’est-ce que tu fais ! On n’écrase pas les petites bêtes ! Regarde comme elle est minuscule.
– Je vais l’écraser tout doucement, alors.
Illustration pixabay

– Jules, qu’est-ce que tu fais ! On n’écrase pas les petites bêtes ! Regarde comme elle est minuscule.
– Je vais l’écraser tout doucement, alors.
Illustration pixabay
« Sans parler les enfants savent
penchés sur la terre ouverte
qu’ils portent en eux un autre monde
Le temps n’est pas encore venu
de sa naissance
Ils sont patients
L’éboulement des châteaux
est dans l’ordre du projet
Le grain de sable travaille
l’immense immobile
Lire la suite Guy Goffette. 1
– Viens, on va voir les poules d’eau.
– Ah oui, les poules mouillées !
© épaisseur sans consistance, Juillet 2017
– Tu sais ce que c’est un oiseau migrateur ?
– C’est un oiseau qui migrate !
Sur un papier vieilli, terni, une fillette me dévisage. Un fond gris au cadre blanc, une photographie sans âge. Trois ans à peine, en culotte courte, elle se distingue allègrement. Elle vient à moi faussement facultative et je surprends dans son approche une séduction désinvolte et fraîche. Sa jeunesse m’offense. Ses avances demeurent honnêtes mais je ne puis la rejoindre : à jamais je suis perdue car j’ai grandi. Sur d’autres visages jaunis, je perçois le défilé des âges… Dans une quotidienneté sans harmonie, sans éclat de sympathie. Entre ces masques sombres et sages, se joue une duplicité farouche, maligne à faire fondre le Miroir. Car d’outre-tombe, l’œil du Maître ne cherche qu’à envahir ma nature de sa propre authenticité. Et dans une pantomime d’absence grotesque, les masques aiguisent alors une rumeur folâtre : la petite fille que j’étais me prend pour son jouet.
…
Dans cette vaste projection blafarde, de lourdes menaces pèsent sur ma liberté.
Mars 1989
© épaisseur sans consistance

Au cours de ma promenade matinale, je croise deux enfants en bas âge, accompagnés de leur nounou. « Bonjour ! » me lance le plus grand. Je lui réponds aimablement en lui faisant remarquer que nous portons le même genre de marinière. « Oui, on a le même pull ! » s’exclame-t-il. Alors que je poursuis mon chemin, j’entends derrière moi la même voix enfantine. « Sauf que le mien, il est en laine. En laine d’agneau ».
Illustration Sarah Jane
© épaisseur sans consistance, Avril 2017