Coupé du monde

L’homme du Monde
Son journal sérigraphié
Dans un coffret

(poème fondu d’après un texte d’Hervé Gasser où il présente l’origine de son travail de collage)

Featured Image -- 13272

A découvrir ici

« Dix ans que je lis Le Monde. En écrivant cette présentation, je me rends compte que c’est la seule chose qui fut durable. Dix-sept déménagements, des CDD, des voyages initiatiques, des études, des histoires d’amour… Mais pas un jour ou presque sans passer par le kiosque. Je ne le lis pas comme « la prière du matin de l’homme moderne », selon le mot de Hegel, mais comme un divertissement. Les informations me font passer le temps et me plaisent, mais ne me concernent jamais. Je n’ai qu’un intérêt théorique à ce dont il est question dans le journal. Une conjonction d’évènements intimes me fit perdre quelques temps l’écrit, la parole directe et une partie du sens commun. Le Monde m’apparut soudain comme un fatras illisible et insupportable. J’eus honte d’avoir été si déférent à son égard et si plein d’illusions. Je fus envahi de colère contre moi-même. C’est là que je sortis les ciseaux et la colle. Passé le plaisir enfantin du découpage, j’eus le sentiment de redécouvrir une langue morte : celle que j’avais longtemps parlé, qui me faisait rire et que j’avais oubliée. Je redécouvris ses aspects ludiques, heureux, exaltants. Je redécouvris sa malléabilité et sa capacité à évoquer les choses précisément, sans être morbide ni naïve. J’aime à penser que ces coupures du Monde sont mon journal intime et politique. J’ai lu que Herta Müller écrit en Allemand, mais colle en Roumain : sa langue maternelle. »
https://www.kisskissbankbank.com/de/projects/ciseau-oiseau