La moisissure

Sous un loup de velours vert, à la manière d’une crêpe soyeuse, laiteuse, elle prend son envol. Château, verdure, lumière. Élégante, telle une raie sans queue de pie, elle joue au fantôme, avec une robe de mariée, avec une robe de soirée, dans la fureur des visages pâles, poudrés et masqués. Une cérémonie vert-de-gris qui n’aura duré que le temps d’une chanson. Soudain, dans la brume, au-delà de l’éclat des bulles de champagne, le bleu infini de ses yeux… A travers la rumeur des voix, la grâce de son air silencieux… Dans la fraîcheur de la nuit, la finesse de son teint bois de rose. Vous disiez ? Dans la brume, le temps d’une chanson, la fillette aux nattes lui a souri. L’heureux songe ! Lasse, notre amie s’en est retournée pleine de cet amour-là, vide de cet amour-là.

Elle a passé tout l’été dans la blancheur d’un mouchoir en papier. Je l’ai retrouvée, à la fin de l’hiver, plus froissée que jamais, comme si elle m’en voulait de cette mise en scène, de cette mise à mort.

Née dans un jus de raisin, je l’ai trouvée jolie.
Elle m’a rappelée quelqu’un, je ne saurais dire qui !

Décembre 1992
© andrea couturet