Métaphore inattendue

En ce lundi de début avril, dans le train qui m’emmène à Paris-Saint-Lazare, une femme est assise non loin de moi, de dos. Bouclés, fournis et courts, ses cheveux noirs de couleur orangée tendant vers le rouge témoignent avec éclat du plus mauvais goût, du plus mauvais choix de sa perruque. Corpulente, elle porte une longue robe très colorée – avec une prévalence de jaune vif – aux motifs floraux africains. Elle tient son smartphone à la manière d’une tasse de thé, le petit doigt en l’air, tout près de son oreille gauche. Sa main droite serait-elle plongée dans un paquet de madeleines ? D’imposants bijoux dorés ornent ses doigts et ses poignets – peut-être même son cou. Peints en vert façon menthe fraîche, elle semble fière de ses ongles.

Contre toute attente, plus je l’observe et plus cette femme noire devient peu à peu une métaphore de mon travail analytique. Dans l’opulence de sa présence, elle affirme pleinement sa qualité d’être humain. Elle est ce que je ne suis pas et ce à quoi j’aspire à devenir. Il ne s’agit pas pour moi d’adopter une quelconque forme d’extravagance dans le paraître mais d’affirmer la tête haute, dans mon rapport au monde, dans mes relations avec les autres, ce que je suis, ce que j’ai découvert en moi au cours de ces longues dernières années. Il s’agit, en somme, de donner enfin libre cours à mon potentiel – jusqu’alors emprisonné.

Ainsi, au fil de mes causeries du lundi, j’ai appris à me considérer comme tous les autres êtres humains, à faire de moi une personne estimable au même titre que tout un chacun, à donner davantage de solidité à ma personne, afin d’appréhender le monde autrement et d’apaiser ma souffrance psychique. En cela, le dessein de la cure analytique s’apparente, me semble-t-il, à l’allure immodérément libre de cette femme.

Avril 2017
© andrea couturet

3 réactions sur “Métaphore inattendue

  1. Il est délicat de vivre en réalité. Il est délicieux d’en faire l’expérience aussi, comme dans ce train. Merci pour cette tendresse !

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