Tu l’accueilles toujours les mains dans les poches
la tête basse
la vue brumeuse
les yeux rivés sur ton carnet de suivi
Tu l’appelles « le gamin »
Un vrai moulin à paroles
Par politesse tu acquiesces à tout ce qu’il dit
car c’est parole d’Évangile
Mais tu auras oublié son sermon
dès qu’il aura tourné le dos
(après la piqûre)
Tu regagnes ton fauteuil
Tu te perds alors dans l’immensité de ton paysage intérieur
où nul ne peut pénétrer
Sur le bord de la fenêtre
une mésange vient te dire bonjour
Les graines de tournesol se raréfient
comme le nombre de tes globules rouges
Entre tes doigts gourds
coule le sable de tes jours sans repos
de tes nuits sans fard
On dirait que le dernier grain est coincé
– pour l’éternité
Ah ah ah ah ah
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Ma participation au Jeu n° 114, Entre mes doigts
proposé par La Licorne du blog Filigrane.

