Jeu 115, La montée vers le ciel proposé par La Licorne du blog Filigrane avec une image de Rodney Smith

Je me souviens du claquement de langue de Mr Smith.
Je me souviens de Ciel ! Si ceci se sait, ces soins sont sans succès.
Je me souviens de cette grise matinée de tournage, en pleine campagne.
Je me souviens de la salade de groseilles à maquereau préparée par Garance, la femme du cadreur.
Je me souviens de ce sac-à-dos volant qui pesait une tonne et faisait un bruit abominable.
Je me souviens de la Panse de brebis farcie de Jacques Bodoin qui passait à la radio au moment de la pause déjeuner et des fous rires de toute l’équipe.
Je me souviens du titre du court-métrage, La montée vers le ciel.
Je me souviens de ce cumulus improbable qui s’échappait de la machine – lequel n’aurait pas déplu à Berndnaut Smilde.
Je me souviens du nain de jardin globe-trotter dans Amélie Poulain.
Je me souviens des pages blanches réservées aux lecteurs, à la fin des Je me souviens de Georges…
[Tout à coup, la voix du vieil homme devint plus gutturale, clandestine. Il remit la photographie jaunie au journaliste en herbe venu l’interroger, reprit doucement son souffle et poursuivit dans un murmure.]
Voyez-vous, jeune homme, l’essentiel n’est pas là.
C’est bien moi sur la photo mais ce n’est pas moi.
Ou plutôt, ce n’est plus moi.
Un jour, peut-être – ou jamais,
vous comprendrez que seul le voyage intérieur
permet de comprendre « sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes ».
© Andrea pour épaisseur sans consistance 2026
Inspiration.
Je me souviens de Georges Perec
La citation de la fin est extraite du poème Élévation de Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal
