Claude Roy. 1

« L’Ecclésiaste et Tolstoï ont beau nous dire que la terre est une vallée de larmes, ils le disent avec une énergie et une autorité vitale qui nous rendent énergiques et vivants. Pascal dit avec tant de force que l’homme est un roseau, qu’on sort de chez lui content comme un chêne. La Rochefoucauld et Chamfort démontrent que l’homme est méchant avec tant d’intrépidité qu’on revient de chez eux presque bon, et certainement allégé. Qu’une œuvre agisse par la persuasion ou la révulsion, que ce soit Tchékhov qui nous persuade par son exemple et sa voix d’être bienveillants, ou le marquis de Sade dont la fureur logique, en autorisant tout, nous oblige, quand on a suivi la rigueur de ses raisonnements, à réinventer une morale et à nous interdire beaucoup de ce qu’il autorisait, la littérature est toujours, même quand les écrivains expliquent comment ils se sentent mal ou pourquoi il faut se sentir mal, une façon de se sentir mieux. Une façon, aussi, de sentir mieux« .

Défense de la littérature, Claude Roy, 1968, Gallimard, collection Idées

Marinière

Sarah Jane

Au cours de ma promenade matinale, je croise deux enfants en bas âge, accompagnés de leur nounou. « Bonjour ! » me lance le plus grand. Je lui réponds aimablement en lui faisant remarquer que nous portons le même genre de marinière. « Oui, on a le même pull ! » s’exclame-t-il. Alors que je poursuis mon chemin, j’entends derrière moi la même voix enfantine. « Sauf que le mien, il est en laine. En laine d’agneau ».

Illustration Sarah Jane

© épaisseur sans consistance, Avril 2017