Giacomo Leopardi

L’Infini

Toujours chère me fut cette colline
Solitaire, et chère cette haie
Qui refuse au regard tant de l’ultime
Horizon de ce monde. Mais je m’assieds,
Je laisse aller mes yeux, je façonne, en esprit,
Des espaces sans fin au-delà d’elle,
Des silences aussi, comme l’humain en nous
N’en connaît pas, et c’est une quiétude Lire la suite

Alain Prochiantz

« Pour reprendre une formule ancienne, sapiens est « anature par nature » [*], ce qui veut dire que c’est à la suite de son évolution biologique, donc naturelle, qu’il a subi une transition violente qui l’a pour ainsi dire « sorti de la nature ». Bref, nous sommes « entrés dans la clairière » [**] et il n’y pas de marche arrière. Sapiens est un animal tragique, comme individu conscient de sa finitude et aussi comme espèce dont la finitude est aussi certaine. J’y reviendrai, pas avant cependant d’avoir donné les clés biologiques (pas toutes certainement, faute de toutes les connaître ou de toutes les comprendre) de ce changement de phase brutal et irréversible. (…)  Lire la suite

Marcel Proust ~ 6

[Le Narrateur évoque le rapport très particulier que sa grand-mère entretient avec l’Art]

« En réalité, elle ne se résignait jamais à rien acheter dont on ne pût tirer un profit intellectuel, et surtout celui que nous procurent les belles choses en nous apprenant à chercher notre plaisir ailleurs que dans les satisfactions du bien-être et de la vanité. Même quand elle avait à faire à quelqu’un un cadeau dit utile, quand elle avait à donner un fauteuil, des couverts, une canne, elle les cherchait «anciens», comme si leur longue désuétude ayant effacé leur caractère d’utilité, ils paraissaient plutôt disposés pour nous raconter la vie des hommes d’autrefois que pour servir aux besoins de la nôtre. Elle eût aimé que j’eusse dans ma chambre des photographies des monuments ou des paysages les plus beaux. Lire la suite

Gérard Macé

 » Une bibliothèque est aussi vaste qu’un royaume, avec ses labyrinthes et ses forêts, ses monuments et ses lois, sa salle des trésors où le temps s’accumule. Mais c’est un royaume des morts, où des âmes errantes continuent de nous hanter comme si elles étaient encore à la recherche d’une sépulture ».

Le singe et le miroir, Gérard Macé, Le Temps qu’il fait, 1998

Biblio - Proust

Photo © andrea couturet 2018

Madeleine et Léonie chez Proust

« Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n’existait plus pour moi, quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine.
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